Grève au port de Montréal : retards sur des chantiers et ruptures de stock à prévoir

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La grève de 19 jours de l’été dernier avait entraîné des pertes évaluées à 600 millions de dollars pour les entreprises qui dépendent des importations et des exportations.

Les entreprises l’appréhendaient : le Syndicat des débardeurs du port de Montréal a acheminé à l’Association des employeurs maritimes un avis de grève générale illimitée à compter de lundi matin, à moins d’une entente de dernière minute.

Guy Gervais, de Céragrès, se préparait au pire lorsque nous l’avons contacté à la suite de l’annonce de vendredi. Chaque année, pas moins de 1000 conteneurs chargés de pierres et de céramique traversent l’Atlantique pour approvisionner des chantiers de construction avec lesquels il a des contrats.

Que ce soit pour des écoles, des hôpitaux, des tours de condos, le Réseau express métropolitain ou de simples rénovations à domicile, de nombreux clients comptent sur son entreprise.

Des chantiers, qui souffrent déjà d’une pénurie de matériaux, risquent selon lui d’être retardés si la grève prévue dure plusieurs jours. C’est aussi grave pour nos clients dans nos ateliers-boutiques qui viennent acheter et attendent pour terminer leur cuisine et leur salle de bain, souligne-t-il.

Céragrès s’activait déjà en matinée pour récupérer des conteneurs au port de Montréal et stopper les nouvelles commandes auprès de marchands européens.

C’est dur pour nous. Sur les grands chantiers où on a déjà gagné nos contrats, il faut aller renégocier. Sinon, on perd de l’argent.Une citation de :Guy Gervais, président de Céragrès

Une solution temporaire est de transborder les conteneurs au port d’Halifax. M. Gervais explique toutefois qu’il faut alors diminuer leur charge en Europe afin d’assurer leur transport, par camion ou par train, de la région de l’Atlantique jusqu’à Montréal. Voilà un casse-tête qui fait gonfler la facture, dans un contexte pandémique qui a déjà fait exploser les coûts de transport.

Plus qu’une cerise sur le sundae, dit-il. En ce moment, il faut compter 7500 $ par conteneur qui vient de l’Europe. Il y a 14 mois, il nous coûtait de 2500 $ à 2800 $.Guy Gervais devant un mur du magasin, sous des lumières suspendues.

Le président de Céragrès, Guy Gervais, à l’intérieur de son magasin de Brossard

PHOTO : senactutv.com-CANADA / IVANOH DEMERS

Un croissant qui n’aura plus le même goût?

Lors de la dernière grève, le distributeur d’aliments Farinex avait fait dévier des commandes au port d’Halifax. La marchandise est arrivée deux mois plus tard, se rappelle sa directrice générale, Sandra Drouin. On avait refait une autre commande et on avait reçu la deuxième commande avant la première.

Encore cette fois, Mme Drouin craint des ruptures de stock de certains produits destinés à ses 2000 clients, dont des boulangeries et pâtisseries. On pense même commencer à communiquer l’information sur des produits dont on n’aura pas de disponibilité dans les prochaines semaines, indique-t-elle.

Déjà, il y avait un ralentissement. Ce n’est pas aussi fluide qu’à l’habitude en raison de la pénurie mondiale de conteneurs qui a un impact significatif sur l’importation des produits. Donc, la grève complète n’est pas une bonne nouvelle.Une citation de :Sandra Drouin, directrice générale de Farinex

Bris dans les chaînes d’approvisionnement

La pandémie a révélé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. L’arrêt de production d’une entreprise ou la pénurie d’un seul produit suffit à enclencher un effet domino planétaire.

Les impacts du dernier arrêt de travail au port de Montréal avaient d’ailleurs eu des ramifications qui dépassaient les frontières du Québec. Le secteur automobile ontarien en avait notamment souffert.

D’autres entreprises pourraient également écoper indirectement d’une paralysie des activités du port. Le fabricant de vélos montréalais Argon 18 craint que la marchandise arrivant par train depuis Vancouver ne puisse être transférée sur des camions à la zone d’échange ferroviaire du port.

Notre plan B si la grève commence et dure trop longtemps, explique son président Martin Le Sauteur, c’est d’intercepter des conteneurs dans des centres de transfert en Ontario et de les transférer sur des camions pour les amener à Montréal. Évidemment, ça vient avec des coûts supplémentaires.

Ce sera une embûche de plus pour livrer des vélos à nos clients, mais on trouve des solutions. On n’a pas le choix!Une citation de :Martin Le Sauteur, président d’Argon 18

Heureusement pour son entreprise, la majorité de ses vélos sont prévendus pour la saison estivale, mais les clients risquent de patienter un peu plus longtemps avant de pouvoir les enfourcher.

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