Université Laurentienne : Ottawa critique ouvertement le gouvernement Ford

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Le ton monte d’un cran dans le dossier de l'Université.png
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Le ton monte d’un cran dans le dossier de l’Université Laurentienne, un établissement postsecondaire bilingue du nord de l’Ontario, touché par une vague de compressions sans précédent.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre fédérale des Langues officielles, Mélanie Joly, reproche au gouvernement de Doug Ford de n’être pas intervenu plus tôt pour sauver l’institution chère à la communauté franco-ontarienne.

Ça n’a pas de bon sens que l’université se retrouve devant les tribunaux pour gérer ses dettes.Une citation de :Mélanie Joly

En février, l’université s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, une première au Canada pour un établissement postsecondaire de cette ampleur. Depuis, 69 programmes ont été coupés, dont 28 de langue française. L’institution de Sudbury a aussi mis à pied une centaine de professeurs.

Ce n’est pas normal qu’une université se place sous la protection de la loi sur les créanciers, lance Mélanie Joly. Cette loi-là est conçue pour le secteur privé, […] pour que les entreprises qui ont des problèmes financiers puissent s’entendre avec leurs créanciers, ajoute-t-elle. Or, les créanciers de l’Université Laurentienne, c’est le gouvernement de l’Ontario.

Selon la ministre libérale, le gouvernement conservateur de Doug Ford aurait dû s’inspirer de l’état québécois, quand il est venu à la rescousse de l’UQAM au moment du scandale de l’îlot voyageur. Le gouvernement du Québec a pris ses responsabilités et épongé la dette affirme Mme Joly.

Si on ne fait pas ça, on met à risque toute une communauté.

Mélanie Joly déplore le fait que les Franco-Ontariens de Sudbury et les élus n’aient pas de droit de regard, en ce moment, sur les compressions qui ont lieu à la Laurentienne, comme le dossier est entre les mains des tribunaux : Il y a une déresponsabilisation de la province, lance-t-elle.La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, juge qu’il est encore trop tôt pour intervenir dans le dossier.

PHOTO :senactutv.com / LA PRESSE CANADIENNE / CHRIS YOUNG

Trop tôt pour intervenir, répond l’Ontario

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario Caroline Mulroney a refusé nos demandes d’entrevue, expliquant qu’elle ne pouvait pas parler publiquement du dossier tant que le processus judiciaire de restructuration à la Laurentienne n’était pas terminé. L’institution a jusqu’au 30 avril pour parachever sa réorganisation.

Sur Twitter, toutefois, la ministre Mulroney a indiqué il y a quelques jours qu’elle avait hâte de collaborer avec [ses] homologues fédéraux afin d’assurer l’accès à une éducation postsecondaire de qualité en français dans le Nord [de l’Ontario].

Le ministre ontarien des Collèges et Universités a expliqué, dans le passé, qu’il avait été mis au courant des problèmes financiers de la Laurentienne à l’automne 2020.

Quant à la décision de l’établissement de se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, le porte-parole du ministre, Scott Clark, a souligné qu’il s’agissait de la bonne façon d’aborder les problèmes de longue date au sein de l’institution(Nouvelle fenêtre).

En février, la province a nommé un conseiller spécial pour mieux évaluer la situation à la Laurentienne et s’assurer que les mêmes problèmes ne surviennent pas ailleurs, tout en rappelant que les universités étaient des institutions « autonomes » en Ontario.Des étudiants marchent vers l'entrée de l'université.

Le 12 avril dernier, 69 programmes ont été annulés sur le campus de Sudbury, dont 28 en français.

PHOTO  senactutv.com / : RADIO-CANADA / FRÉDÉRIC PEPIN

Piger dans une enveloppe de 253 millions

À quelques jours de la fin du processus de restructuration, la ministre fédérale Mélanie Joly lance aussi un autre message : plusieurs options financières sont envisagées pour appuyer l’Université Laurentienne ou l’éducation postsecondaire francophone dans le nord de la province.

Le gouvernement ontarien devrait entre autres recevoir, dans les prochaines semaines, le premier versement d’une enveloppe fédérale de 253 millions de dollars sur trois ans pour soutenir l’enseignement de langue française en milieu minoritaire.

L’argent, qui est alloué dans le cadre du Programme des langues officielles en éducation (PLOÉ), peut servir pour les écoles de niveaux primaire et secondaire, mais aussi pour l’enseignement universitaire. C’est la province qui établit ses listes de priorité et qui décide où attribuer l’argent d’Ottawa.

Moi, ça me ferait plaisir qu’une partie de cet argent-là aille à l’éducation postsecondaire en français dans le nord de l’Ontario, lance la ministre Joly.

Interrogée à savoir si un financement additionnel de la Laurentienne, dans le cadre du PLÉO, pourrait couper l’herbe sous le pied d’autres projets éducatifs francophones, la ministre fédérale répond que le financement d’Ottawa n’a jamais été aussi élevé en 20 ans et que c’est à la province de gérer ses priorités.

L’enveloppe du gouvernement fédéral pour le PLÉO a été bonifiée de 16 millions par rapport à celle octroyée il y a 3 ans.

La ministre Joly rappelle également que son gouvernement est prêt à investir directement pour sauver des programmes francophones à Sudbury, à condition que la province en fasse la demande et qu’elle mette aussi de l’argent sur la table – comme ça avait été le cas pour l’Université de l’Ontario français.Le député néodémocrate Alexandre Boulerice.

Le néodémocrate Alexandre Boulerice souhaite qu’Ottawa agisse plus directement pour protéger la langue française.

PHOTO : senactutv.com / THE CANADIAN PRESS / GRAHAM HUGHES

Boulerice veut une défense « plus ferme » du français

Porte-parole de sa formation politique en matière de langues officielles, le député néodémocrate Alexandre Boulerice estime, pour sa part, que le gouvernement Trudeau devrait être plus ferme dans son engagement financier et que cet engagement ne devrait pas être « conditionnel » aux décisions de la province.

Il est temps qu’elle mette le poing sur la table puis qu’elle ne fasse pas juste dire : « S’ils ne bougent pas, bien moi, je ne bougerai pas. »Une citation de :Alexandre Boulerice

M. Boulerice reconnaît que l’éducation est un champ de compétence provincial, mais il ajoute qu’en tant que ministre des Langues officielles, Mélanie Joly est responsable du respect des droits des communautés en minorité linguistique.

Je pense que cette obligation-là surpasse le fait de critiquer, à bon escient, les gouvernements conservateurs provinciaux, conclut-il.

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