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« Notre problème vient de chez nous » : Robert Kabera, dissident rwandais, retrouvé décapité

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La communauté des opposants rwandais en exil est de nouveau frappée par l’horreur. Robert Kabera, un ancien sergent rwandais ayant trouvé refuge en Ouganda où il était enregistré comme réfugié, a été découvert sans vie aux abords de Kampala, la capitale ougandaise. Son corps, retrouvé décapité, porte la marque sinistre d’un meurtre qui éveille de graves interrogations sur la sécurité des voix dissonantes du régime de Kigali, fréquemment pointé du doigt pour l’élimination de ses opposants.

La trajectoire d’une voix critique sous surveillance

Robert Kabera, initialement loyal en uniforme, avait progressivement durci son discours à l’encontre du pouvoir de Paul Kagame, dont la poigne de fer caractérise la gouvernance rwandaise depuis le génocide des Tutsi en 1994. Exilé en novembre 2020 après avoir été déclaré « fugitif » par l’armée rwandaise et mêlé à une allégation de détournement de mineure — qu’il a toujours fermement contestée — Kabera s’était affirmé comme une figure vocale de la dissidence. Sa plateforme YouTube, « Major Robert TV », cumulant 144 000 abonnés, était devenue une tribune où il mettait en lumière les violations des droits de l’homme. Il avait notamment composé une chanson intitulée « Commander Ingabire », rendant hommage à la personnalité de l’opposition rwandaise, Victoire Ingabire, déjà incarcérée de nombreuses années et de nouveau interpellée en juin 2025.

L’implacable traque des dissidents à l’étranger

Le drame de Robert Kabera n’est malheureusement pas un cas isolé. Comme l’a confié son frère Victor Agaba à l’AFP, affirmant que « Notre problème vient de chez nous », les tentatives d’agression contre Kabera n’étaient pas nouvelles, avec une attaque de trois individus à Kampala en octobre 2023. Son destin s’inscrit dans une série macabre d’assassinats visant des opposants rwandais exilés. L’année 2021 a vu Revocant Karemangingo, un ex-lieutenant de l’armée rwandaise, mortellement blessé par balles au Mozambique, et Seif Bamporiki, un responsable de l’opposition, assassiné en Afrique du Sud. Ce dernier pays avait déjà été le théâtre, en 2014, du meurtre de Patrick Karegeya, ex-patron des renseignements rwandais et jadis proche de Kagame avant de devenir son farouche adversaire, découvert étranglé dans une chambre d’hôtel. L’ancien général Faustin Kayumba Nyamwasa, cofondateur du Congrès national rwandais (RNC), a quant à lui échappé à diverses tentatives d’assassinat, témoignant de la persistance de cette menace transnationale.

L’image internationale du Rwanda et la complaisance régionale

La découverte du corps de Robert Kabera intervient alors que le Rwanda s’apprête à accueillir un Grand Prix de Formule 1 dès le début des années 2030, une annonce faite la semaine passée par les promoteurs de cette compétition. L’organisation de défense des droits humains, Amnesty International, a immédiatement critiqué ce qu’elle nomme un « prix de sportswashing » octroyé au Rwanda, estimant que le pays « s’offre une place parmi les événements sportifs majeurs pour redorer son blason et détourner le regard de son lourd passif en matière de droits humains ». Ce tableau s’assombrit également par les liens étroits entre les dirigeants rwandais et ougandais. Le leader de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, qui se positionne pour la succession présidentielle et est lui-même visé par des accusations d’atteintes aux droits humains, affiche régulièrement sur X son indéfectible soutien à Paul Kagame, soulignant la complexité et les implications régionales de ces dynamiques de pouvoir.

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