Le projet de loi de finances rectificative pour 2026 s’apprête à être débattu en séance plénière, et la tension entre le pouvoir exécutif et la majorité Pastef atteint un point critique. Au-delà des chiffres, c’est l’avenir économique du pays qui est en jeu, avec des conséquences directes sur les ménages et les entreprises.
Investissements sacrifiés au profit du social
Le gouvernement justifie la réduction de la croissance prévue – de 5 % à 2,7 % – et la hausse des aides énergétiques comme raisons d’un ajustement budgétaire. Dans ce contexte, il annonce une diminution de 555 milliards de francs CFA dans les crédits d’investissement. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée, accuse le gouvernement d’incohérence, rappelant que le même texte prétend réinjecter des fonds dans l’investissement pour relancer l’économie. Il estime que la mesure est « fausse » et qu’elle va à l’encontre des engagements de relance.
De son côté, le Premier ministre Al Aminou Lô explique que, face à la contrainte budgétaire, le gouvernement a choisi de préserver les projets d’investissement qui peuvent être réalisés avant la fin de l’année, tout en plaçant les dépenses sociales en priorité absolue.
Subventions énergie : un gouffre de 790 milliards
Les fluctuations du prix du pétrole, passant de 64 à plus de 120 dollars le baril, ont fait grimper les besoins de subvention à 790,3 milliards de francs CFA, contre 250 milliards prévus initialement. Le Premier ministre indique que ces fonds seront financés en réorientant les investissements non prioritaires afin de protéger le pouvoir d’achat des Sénégalais.
Sonko, quant à lui, interprète le PLFR comme une volonté de réduire les aides, avec un plafond fixé à 552 milliards, soit une baisse de 237 milliards. Il prévient que le prix du diesel pourrait passer de 755 à environ 867 FCFA à la pompe.
PRES et fonds spéciaux : un désaccord persistant
Le Plan de redressement économique et social, lancé par Sonko, devait générer 762,9 milliards, mais les prévisions ont été revues à 311,5 milliards, créant un manque à gagner de 451,4 milliards. Le gouvernement avance que le plan a tout de même produit plus de 312 milliards d’avantages, proches du financement que le FMI pourrait accorder.
Par ailleurs, la question des 120 milliards liés au mécanisme CERP de la Banque mondiale a été soulevée. Le Premier ministre rappelle que ce dispositif a permis de mobiliser 75 milliards pour l’énergie et 50 milliards pour les bourses de sécurité familiale.
Enfin, la rationalisation du secteur parapublic, qui prévoit la suppression de 19 entités pour économiser 55 milliards sur trois ans, reste source de discorde. Le gouvernement veut prendre le temps d’assurer le redéploiement du personnel concerné.
Ce bras de fer parlementaire pourrait déterminer la trajectoire budgétaire du Sénégal pour les prochaines années, avec des répercussions concrètes sur les projets d’infrastructure, le coût de l’énergie et la capacité du pays à soutenir les plus vulnérables.



