Alors que le Parlement refuse d’adopter le projet de loi de finances rectificative, le chef du gouvernement a choisi un dimanche pour convoquer une douzaine de ses collègues. L’objectif affiché était de défendre la position du pouvoir, mais la scène a rapidement laissé entrevoir un sentiment d’urgence qui ne passe pas inaperçu.
Un dimanche sous les projecteurs
Dans la salle de réunion, le Premier ministre était entouré de six membres du cabinet, auxquels se sont ajoutés au moins sept autres ministres, portant le total à une quinzaine de responsables. Parmi eux, le ministre chargé des transports a profité de l’occasion pour souligner l’absence de perturbations dans son secteur, un commentaire qui a semblé déplacé au milieu d’une crise budgétaire.
Le porte‑parole désigné, Bakary Sarr, a également été pointé du doigt : son profil ne correspond pas clairement aux exigences du rôle, ce qui a alimenté les interrogations sur la pertinence de son choix.
Des tentatives avortées depuis des années
Ce n’est pas la première fois que le pouvoir sénégalais tente de maîtriser le discours public. Le 19 octobre 2026, un lundi, neuf ministres s’étaient réunis pour faire le point sur le climat social à l’approche d’une grève générale annoncée par les syndicats. À l’époque, la multiplicité des intervenants avait déjà semé la confusion parmi les journalistes.
Par le passé, le président Macky Sall avait instauré les « jeudis de la presse » et plusieurs Premiers ministres avaient promis de se rendre chaque mois à l’Assemblée nationale. Aucun de ces engagements n’a été honoré, laissant le public avec l’impression d’un engagement verbal sans suivi concret.
Le ministère des Finances, un modèle de silence
Récemment, le ministère des Finances a organisé un « café presse » de deux heures, où les directeurs généraux de plusieurs divisions (comptabilité publique, Trésor, douanes, impôts, etc.) ont pu répondre aux questions des médias. Malgré cette initiative, le secteur demeure l’un des plus hermétiques du gouvernement, accusé de ne répondre que de façon unilatérale aux sollicitations et de ne publier que des rapports sans interaction.
Les journalistes évoquent régulièrement le manque de réponses aux demandes d’information, ce qui renforce la perception d’une communication à sens unique et d’un véritable gouffre entre les autorités et la société civile.
En définitive, la multiplication des réunions d’urgence et l’absence de stratégie de communication claire traduisent une culture du dernier recours qui fragilise la confiance des citoyens. Si le gouvernement ne parvient pas à instaurer un dialogue permanent, il continuera à donner l’image d’un pouvoir en état de panique chaque fois que la crise pointe le bout de son nez.



