Accueil ECONOMIE Burkina Faso lance RAFFINOR‑BF, mais qui empochera l’or ?

Burkina Faso lance RAFFINOR‑BF, mais qui empochera l’or ?

0
10

Alors que la demande mondiale d’or a explosé, atteignant 193 milliards de dollars au premier trimestre 2026, les États ouest‑africains s’activent à retenir le métal précieux sur leur sol. Au cœur de cette dynamique, le Ghana a mis en place un système inédit qui pourrait bien inspirer ses voisins, tandis que le Burkina Faso vient d’inaugurer une raffinerie nationale ambitieuse.

Ghana impose le circuit officiel à l’or artisanal

Créée en avril 2025, GoldBod agit comme unique acheteur et exportateur de l’or provenant des petits mineurs. Cette mesure a permis d’atteindre un record de 104 tonnes d’or artisanal en 2025, dépassant pour la première fois la production des grandes mines. Depuis le 1er septembre, chaque once achetée doit être transformée localement avant d’être expédiée, et la part que les mines industrielles doivent vendre à la banque centrale a été portée de 20 % à 30 %.

Le dispositif a limité la contrebande et a injecté des devises directement dans les caisses publiques, montrant qu’un État peut reprendre le contrôle d’un secteur longtemps informel. Toutefois, le gouverneur de la banque centrale a récemment signalé une diminution des réserves et une suspension des exportations de GoldBod depuis août, soulignant que la simple maîtrise du circuit ne suffit pas sans une gestion rigoureuse des stocks.

Burkina Faso mise sur une raffinerie étatique

Le 28 septembre 2026, Ouagadougou a officiellement ouvert RAFFINOR‑BF, la première raffinerie entièrement détenue par l’État. La capacité initiale prévue est de 400 kg d’or par jour, avec un projet d’extension visant à atteindre 515 tonnes annuelles. Le coût total du chantier s’élève à 11 milliards de FCFA, principalement financés par le gouvernement via la société SONASP.

L’objectif affiché est de traiter l’ensemble de la production nationale, qu’elle soit industrielle ou artisanale. Néanmoins, depuis la reprise, les informations circulant sur les volumes raffinés sont très limitées, alors que l’ancien propriétaire, cotée en bourse, publiait régulièrement ses données. De plus, le détenteur d’une redevance de 1 % sur la mine de Wahgnion a déclaré ne pas avoir reçu les paiements dus depuis le rachat, ce qui jette le doute sur la transparence du nouveau modèle.

Ces deux expériences illustrent les enjeux de souveraineté économique pour la sous‑région. Le Ghana montre qu’une régulation stricte du circuit artisanal peut générer des recettes rapides, mais nécessite une gouvernance solide. Le Burkina, quant à lui, investit massivement dans l’infrastructure mais doit encore prouver que les bénéfices atteindront les populations.

À moyen terme, la réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des États à harmoniser leurs cadres légaux, à instaurer une traçabilité fiable et à créer des synergies régionales. Sans une coordination forte au sein de la CEDEAO ou de l’Union africaine, le risque demeure que l’or continue de servir les intérêts privés plutôt que les besoins des citoyens.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici