Le projet crucial du Grand Transfert d’eau, vital pour l’approvisionnement du pays, se trouve à la croisée des chemins. Si le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a récemment tenu à rassurer l’opinion publique en affirmant que cette initiative n’était pas abandonnée, son calendrier de mise en œuvre semble assujetti à une série d’étapes préalables complexes, doublées de réajustements budgétaires significatifs qui soulèvent des questions.
Un calendrier dépendant des évaluations et études
Le chef du gouvernement a clairement stipulé que le lancement des opérations, attendu en 2027, est intrinsèquement lié à l’achèvement des études préliminaires et à une évaluation approfondie des compensations nécessaires. Ces démarches constituent un préalable incontournable avant toute concrétisation sur le terrain. L’Agence de Presse Sénégalaise (APS) anticipe d’ailleurs la signature des accords contractuels d’ici la fin de l’année 2026, posant ainsi une base administrative essentielle avant le coup d’envoi effectif des travaux.
Pour que le projet puisse avancer comme prévu, les fonds indispensables devront impérativement être intégrés dans la première loi de finances de l’année 2027. Cette prévision budgétaire est un signe fort de l’engagement gouvernemental, bien que les étapes intermédiaires restent déterminantes.
Les arbitrages budgétaires interpellent : 20 milliards en suspens
C’est au chapitre financier que les défis se révèlent les plus pressants. Une enveloppe de 13,8 milliards de FCFA est envisagée dans le cadre du projet de budget de 2027 pour soutenir cette entreprise d’envergure. Cependant, les explications ministérielles concernant les reports de dépenses passées éclairent une réalité plus complexe : l’absence de démarrage du recensement des personnes directement impactées et l’estimation de leurs dédommagements ont freiné l’avancement.
Plus révélateur encore, une somme conséquente de 20 milliards de FCFA, initialement allouée aux indemnisations et cruciale pour lancer le processus, a été purement et simplement retirée du projet de budget rectificatif de l’année 2026. Cette décision budgétaire majeure soulève des interrogations sur la capacité à indemniser rapidement les populations concernées et à maintenir le cap du projet tel qu’initialement imaginé.
L’enjeu humain et la perspective pour 2027
Le sort des citoyens dont les terres ou les habitations seront affectées par le Grand Transfert d’eau demeure au cœur des préoccupations. Le report des dédommagements, matérialisé par le retrait des 20 milliards FCFA, risque de créer des retards supplémentaires et de la frustration. Alors que 2027 est avancée comme l’année de lancement des travaux, l’achèvement des études, l’évaluation des impacts et surtout le versement des compensations s’imposent comme des conditions sine qua non pour éviter de nouvelles perturbations. Le défi pour les autorités est de concilier une vision ambitieuse avec la rigueur administrative et le respect des droits des populations.



