La scène politique sénégalaise est en pleine mutation. L’Alliance pour la République (APR), jadis force dominante, traverse une période de turbulences, marquée par des défections qui redessinent les alliances. Les récentes annonces de départ d’Abdoulaye Saydou Sow, maire de Kaffrine, et de Mamadou Kassé, président du Conseil départemental de Tambacounda, symbolisent une hémorragie mettant à l’épreuve l’ancienne formation dirigeante. Ces ralliements probables au camp du président Bassirou Diomaye Faye accentuent la fragilisation du parti, qui cherche de nouveaux repères.
La vague de départs bouscule l’implantation locale de l’APR
Ces démissions ne sont pas des cas isolés. Elles s’inscrivent dans une tendance de fond observée depuis l’appel lancé par Bassirou Diomaye Faye à plus de trois cents édiles locaux, dont une majorité était issue des rangs de l’APR. La Chambre des élus de l’APR a bien contesté cette initiative, mais aucune stratégie efficace n’a été déployée pour maintenir l’unité et la loyauté des responsables. Cette absence de réplique a permis un repositionnement notable d’acteurs politiques. L’APR semble ainsi plus absorbée par ses débats que par la reconquête territoriale.
Au-delà des élus locaux, plusieurs personnalités de premier plan s’étaient déjà éloignées de l’APR après l’élection présidentielle de 2024. Amadou Ba, l’ancien candidat désigné, a pris ses distances. Il a été suivi par des figures comme Cheikh Oumar Hanne et Zahra Iyane Thiam. D’autres cadres, tels qu’Aly Ngouille Ndiaye et Abdou Karim Sall, sont également perçus comme vulnérables face aux sollicitations de la nouvelle mouvance présidentielle.
Entre fidélité au fondateur et quête de renouveau
La crise que traverse l’APR est également structurelle, reflétant une difficulté à articuler son avenir. L’activité publique du parti est considérablement réduite, avec moins de prises de parole et d’initiatives. Les tensions internes se sont manifestées jusque dans l’organisation de l’accueil de l’ancien président Macky Sall à son retour. L’APR a en effet boycotté la cérémonie officielle à l’aéroport en raison d’un quota de présence jugé trop restreint, ses dirigeants préférant rejoindre les militants massés aux abords.
L’incertitude autour d’un éventuel retour de Macky Sall sur la scène politique en 2029 nourrit de profondes divisions. Un responsable de l’APR à Grand-Yoff, Cheikh Ndiaye, a publiquement contredit Mansour Faye sur cette hypothèse. Il a insisté sur l’impératif pour le parti de se concentrer sur sa refondation plutôt que sur des spéculations. Ce débat révèle la complexité pour l’APR de forger une ligne directrice, tiraillée entre l’héritage de son fondateur et la nécessité de bâtir une organisation autonome et résiliente. Certains observateurs, à l’image de l’analyse partagée par senenews, estiment que l’APR semble davantage préoccupée par les aspirations internationales de son ancien leader, notamment un rôle potentiel au secrétariat général de l’ONU, que par le renforcement de son ancrage local.
Un paysage politique en pleine recomposition
La période pré-électorale de 2024 avait déjà mis en lumière les fissures internes du camp sortant, avec l’émergence de multiples candidatures. Aujourd’hui, le paysage politique sénégalais se recompose. Tandis que des figures comme Abdou Mbow et Aïssata Tall Sall tentent de s’ériger en porte-voix de l’opposition parlementaire, l’APR doit faire face à un défi sans précédent. La capacité de l’ancienne formation dominante à se réinventer, à définir une stratégie claire et à consolider ses bases sera déterminante pour son avenir dans un Sénégal politique en pleine mutation.



