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Mame Mandiaye Niang : la CPI sous une « tempête », entre sanctions US et doutes africains

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Depuis trois mois, le magistrat sénégalais Mame Mandiaye Niang dirige le parquet de la Cour pénale internationale (CPI) à titre provisoire, suite au départ contraint de Karim Khan. Sa mission s’inscrit dans une période particulièrement houleuse pour cette instance judiciaire mondiale. Le représentant sénégalais fait face à un double assaut : des pressions énergiques de Washington et une remise en question de plus en plus marquée de sa légitimité sur le continent africain, plaçant l’institution dans une véritable « tempête ».

Les entraves concrètes des sanctions américaines

Les États-Unis ont exprimé leur vive désapprobation envers la Cour pour avoir initié des procédures contre le Premier ministre et l’ancien ministre de la Défense d’Israël, tout en émettant des mandats d’arrêt contre trois figures du Hamas. En réponse, le 18 août 2026, des mesures punitives ont été instaurées contre plusieurs cadres de la CPI. Parmi eux, le Sénégalais Abdoulaye Sèye, membre du Bureau du procureur, a été directement ciblé par un gel de ses actifs et une interdiction de pénétrer sur le sol américain.

Ces sanctions, loin d’être symboliques, ont un impact direct sur le quotidien des fonctionnaires concernés. Les opérations bancaires par carte deviennent impossibles pour des gestes aussi basiques que la réservation d’un hébergement ou l’acquisition de titres de transport. Les magistrats doivent dès lors recourir à l’aide de tiers ou s’appuyer sur la Cour elle-même pour pallier ces blocages. Cette situation n’est pas inédite, l’ancienne procureure gambienne, Fatou Bensouda, ayant déjà subi des mesures similaires sous l’administration Donald Trump. Dakar, par la voix de ses autorités, a fermement affiché sa solidarité avec son ressortissant et réitéré son engagement envers le multilatéralisme et la CPI.

Entre accusation de partialité et impératif de résilience

Face à ces critiques, Mame Mandiaye Niang défend la procédure. Pour lui, les décisions contestées émanent d’investigations rigoureuses et parfaitement légitimes. Il réfute catégoriquement l’idée d’une institution corrompue ou politisée, rappelant que la CPI est une juridiction instaurée par de multiples nations pour intervenir là où la justice étatique montre ses limites. Son rôle, précise-t-il, est d’évaluer la commission de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocides, et de déterminer la compétence de la Cour, indépendamment des motivations, qu’elles soient d’ordre politique, religieux ou idéologique, qui pourraient entourer les exactions. L’examen des juges demeure strictement juridique.

Cependant, les pressions ne viennent pas uniquement d’outre-Atlantique. Le 18 juin 2026, le Niger a formellement signifié son retrait de la CPI aux Nations unies, effectif un an plus tard. Ce départ illustre une défiance croissante sur le continent, où l’instance est parfois perçue comme un instrument de justice sélective, sensible aux influences extérieures. Cette perception a été renforcée par la projection, le 13 février 2026, à Addis-Abeba, en marge du 39e sommet de l’Union africaine, d’un documentaire intitulé « La Cour pénale internationale : une justice universelle sans universalité », soulignant une crise de légitimité profonde. Pour le parquet de la Cour, le défi est désormais immense : maintenir sa capacité d’action à l’échelle mondiale tout en répondant aux accusations de partialité qui fragilisent son autorité et son assise internationale.

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