Le Sénégal s’engage sur une voie délicate pour maîtriser son endettement extérieur. Alors que le gouvernement a officialisé l’activation du Cadre commun du G20, présenté comme un « plan de traitement de la dette », l’expert Mame Mor Sène apporte un éclairage crucial sur la véritable nature de cette opération. Pour l’enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, derrière l’appellation officielle se cache une réalité financière bien plus directe : une restructuration inévitable de la dette nationale. Cette nuance sémantique soulève des enjeux majeurs pour l’avenir économique du pays, nécessitant une gestion rigoureuse et stratégique.
Au-delà des termes : Une restructuration inévitable
Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a présenté la démarche comme un moyen de « traitement de la dette du Sénégal ». Cependant, Mame Mor Sène, spécialiste de l’évaluation des politiques publiques, insiste sur la distinction. Invité de Seneweb Eco le dimanche 6 septembre 2026, il a clairement énoncé que ce processus revient inévitablement à « restructurer la dette ». Selon l’économiste, l’intervention du Cadre commun du G20 implique un dialogue direct avec les créanciers du pays, dont le Club de Paris fait partie, et aboutira à un rééchelonnement des échéances. Il souligne que toute opération de ce type nécessite une négociation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes.
Réallouer les ressources plutôt que de compresser
Face à cette réorganisation de la dette, la tentation pourrait être forte de privilégier une réduction drastique des dépenses publiques. Toutefois, Mame Mor Sène met en garde contre une telle approche simpliste. Il préconise une vision plus audacieuse : réorienter les investissements vers des secteurs économiques à fort potentiel de croissance. Pour lui, la clé n’est pas seulement de dépenser moins, mais de dépenser mieux. En dirigeant les fonds vers des domaines plus productifs, le Sénégal pourrait générer une expansion économique suffisante pour supporter, et à terme, rembourser son endettement. C’est une stratégie visant à transformer le fardeau en levier de développement.
Le marché régional : Un rempart protégé
Un aspect jugé particulièrement pertinent par l’économiste est la décision de ne pas inclure les titres libellés en francs CFA sur le marché financier régional dans ce plan de traitement. Mame Mor Sène salue cette approche. Il rappelle que le Sénégal a eu recours de manière significative à ce marché ces dernières années, et qu’une part considérable de cet endettement est détenue par les banques locales. L’inclusion de ces institutions dans le processus de restructuration aurait pu fragiliser leur capacité à octroyer des financements, notamment au secteur privé. Préserver ce marché est donc perçu comme une mesure essentielle pour maintenir la stabilité du système bancaire et soutenir l’activité économique interne.
Alors que le Sénégal faisait face à une « pente ascendante de la dette », l’option de réorganiser ses engagements était devenue une nécessité, selon Mame Mor Sène. Il est essentiel de comprendre que cette manœuvre n’équivaut pas à une annulation ; la dette demeure. Le vrai défi réside désormais dans l’exécution de cette restructuration, en s’assurant qu’elle serve de catalyseur pour une croissance durable, plutôt qu’une simple pause avant la prochaine crise. La vigilance et une gestion économique avisée seront primordiales pour transformer cette étape en une véritable opportunité pour la prospérité sénégalaise.



