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Sénégal : La loi absout l’homme et condamne la femme, un tabou judiciaire brisé

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Le système juridique sénégalais, malgré des avancées significatives en matière de reconnaissance des droits fondamentaux, maintient une disparité frappante qui pénalise sévèrement les citoyennes face aux conséquences des grossesses non désirées. Une réalité alarmante se dessine : celle où les femmes, victimes de situations tragiques telles que le viol ou l’inceste, sont contraintes de porter à terme une gestation, tandis que leurs partenaires, co-responsables de la conception, jouissent d’une impunité quasi totale.

L’asymétrie légale : une violence silencieuse contre les femmes

La législation en vigueur dans notre pays impose aux femmes et jeunes filles, souvent déjà traumatisées par des agressions, le fardeau d’une grossesse non voulue. L’absence d’une disposition équivalente obligeant les hommes à assumer juridiquement leur filiation paternelle crée une iniquité manifeste. Cette inégalité institutionnalisée conduit à des tragédies humaines profondes : des décès maternels liés à des interruptions de grossesse clandestines et risquées, des infanticides désespérés, et un nombre considérable d’incarcérations de femmes. En 2020, les statistiques officielles révélaient un chiffre glaçant de 34 079 avortements recensés, un nombre qui, selon la juriste Ndèye Madjiguéne Sarr, membre de la Task Force, ne représente que la partie émergée d’un problème bien plus vaste.

L’impunité du partenaire : un vide qui interpelle la conscience collective

Dans ce tableau sombre, la question de la responsabilité masculine demeure largement sans réponse. Que devient l’homme qui contribue à la grossesse, puis se dérobe à ses devoirs, refusant de reconnaître sa paternité et laissant la femme seule face à la réprobation sociale et à la justice ? Bien souvent, il ne fait face à aucune poursuite. Aucune charge pour non-assistance à personne en danger, aucune complicité d’infanticide, aucune obligation de subvenir aux besoins de l’enfant à naître. Il s’agit là d’une lacune légale troublante, qui permet à des individus de se soustraire aux conséquences de leurs actes, alors même que des principes religieux, qu’ils soient islamiques ou chrétiens, reconnaissent la culpabilité du complice au même titre que l’auteur principal. La société ne peut plus fermer les yeux sur cette dissimulation.

Vers une justice enfin équitable : un impératif urgent

Le temps est venu d’exiger une évolution législative qui s’aligne sur les engagements internationaux du Sénégal, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) ratifiée dès 1985, et la Déclaration solennelle de l’Union africaine sur l’égalité entre les hommes et les femmes, intégrées au Préambule de notre Constitution. Ces textes confèrent aux droits des femmes une autorité supérieure qui devrait bannir toute disparité devant la loi. L’extension des sanctions aux partenaires défaillants est essentielle. L’usage du test ADN offre une solution simple et efficace pour établir la vérité biologique et garantir une responsabilisation effective. Les organisations de défense des droits humains, et particulièrement celles œuvrant pour les droits des femmes, appellent à une mobilisation sans précédent. Il ne s’agit pas de victimiser éternellement les femmes, mais d’assurer le respect de l’égalité devant la loi. La complaisance n’a plus sa place ; notre système judiciaire doit cesser de protéger l’homme intouchable et d’accabler systématiquement la seule femme. Une justice équitable est le pilier d’une société juste.

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