Dans une tribune récemment publiée, l’ancien stratège politique Mamadou Diop Decroix met en garde contre un affaiblissement progressif du Parlement sénégalais, conséquence directe d’un déficit de ressources et d’un audit législatif jamais engagé.
Des moyens insuffisants, des débats en perte de vitesse
Alors que les ministres s’entourent de hauts fonctionnaires spécialisés lors du débat budgétaire d’octobre à décembre, les parlementaires se retrouvent souvent seuls face aux dossiers. Decroix souligne que la création d’un corps d’experts dédié aux députés, évoquée depuis des années, reste une promesse non tenue. Selon lui, réorienter les ressources internes de l’institution pourrait revitaliser les échanges et éviter les débordements physiques qui ont déjà secoué l’hémicycle.
Un audit législatif en suspens, des lois contestées
L’auteur propose de mesurer les écarts entre le Parlement et l’Exécutif en s’appuyant sur les réformes réellement appliquées, et non sur les positions partisanes. Il rappelle que le Pastef, lors des législatives de novembre 2024, s’était engagé à bâtir un « parlement de rupture » en réduisant les privilèges hérités et en orientant les lois vers les intérêts populaires. Deux ans plus tard, aucune évaluation concrète n’a été lancée, alors que des dispositions pourraient marginaliser les plus démunis, les femmes, les personnes handicapées, et pénaliser le secteur privé national face aux investisseurs étrangers.
Conséquences pour la stabilité du pays
Le rappel d’une déclaration du 10 juillet 2025, où le chef du Pastef et Premier ministre de l’époque évoquait un « problème d’autorité », est, selon Decroix, le signe d’une possible confrontation directe avec le président. L’intervention de forces de sécurité dans l’hémicycle – jamais observée entre 1962 et 2022 – a eu lieu à deux reprises entre 2022 et 2026, traduisant la gravité du climat actuel.
En appelant à un audit complet des lois, à la mise en place d’un soutien technique permanent pour les députés et à une réallocation substantielle des moyens, Decroix espère éviter une érosion supplémentaire de la confiance citoyenne et préserver la paix civile du Sénégal.
Si les recommandations ne sont pas prises en compte, le risque d’une paralysie parlementaire pourrait s’intensifier, mettant en péril les réformes attendues par la population et fragilisant davantage les institutions démocratiques.



