Le dialogue téléphonique du 19 août entre le chef de l’État malien, Assimi Goïta, et le président russe, Vladimir Poutine, marque une étape décisive dans la réorientation géopolitique du Mali, déjà amorcée depuis la chute du régime civil.
Un appel qui scelle le virage géopolitique du Mali
Initiée par Bamako, la conversation a permis à Goïta d’exprimer sa reconnaissance pour le soutien russe visant à consolider la sécurité intérieure et à contrer les menaces terroristes, notamment les attaques perpétrées par des groupes armés extrémistes. Le Kremlin a souligné que les deux dirigeants souhaitent poursuivre leurs efforts de coordination afin d’assurer la stabilité tant au sein du pays qu’à l’échelle du Sahara et du Sahel.
Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte de rupture nette avec les puissances occidentales. Après le retrait des troupes françaises en 2022, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO en janvier 2025, créant l’Alliance des États du Sahel comme alternative aux structures perçues comme alignées sur l’Occident.
Enjeux sécuritaires et humanitaires au cœur du partenariat
Outre la coopération militaire, les deux capitales ont convenu d’intensifier le dialogue politique et d’élargir les échanges à des domaines commerciaux, économiques et humanitaires. Cette volonté d’élargir le partenariat reflète une stratégie visant à rendre la relation plus « mutuellement avantageuse », au-delà d’une simple assistance sécuritaire.
Le Mali continue toutefois de lutter contre le groupe djihadiste JNIM, affilié à Al‑Qaïda, malgré la présence du Corps africain russe. Les accusations portées contre ce dernier – notamment une frappe aérienne en juillet qui aurait fait huit victimes civiles, dont trois enfants, selon Human Rights Watch – soulèvent des interrogations sur les limites de ce partenariat.
En résumé, le dernier appel entre Goïta et Poutine ne signale pas un nouveau déploiement militaire, mais confirme une alliance stratégique déjà en place, qui s’étend désormais aux sphères économiques et humanitaires, tout en posant des défis persistants en matière de droits humains et de stabilité régionale.



