Le drame qui a frappé le lac Kariba ce mardi expose brutalement les lacunes du transport fluvial au Zimbabwe. Au-delà des chiffres tragiques, il soulève des questions cruciales sur la sécurité des traversées quotidiennes qui relient des communautés entières.
Une catastrophe révélatrice des faiblesses structurelles
Selon les autorités, le ferry, conçu pour accueillir au maximum 90 passagers, était largement surchargé lorsqu’il a été pris dans une violente tempête. Les vagues déchaînées ont entraîné le renversement du bateau, entraînant la mort de 94 personnes dont 30 enfants de moins de dix ans, parmi eux un nourrisson d’un mois, d’après les informations de la police. Les services météorologiques avaient pourtant publié un avis d’interdiction de navigation le même jour.
Les équipes de secours ont pu récupérer les corps et sauver 77 survivants dans les heures qui ont suivi l’incident. Le navire, en service depuis quarante‑et‑un ans, était pourtant muni d’un certificat de navigabilité délivré par le ministère des Transports.
Réactions officielles et mesures d’urgence
Lors d’une réunion du cabinet, Daniel Garwe, ministre des Collectivités locales, a déclaré que la tragédie était le résultat d’une négligence et d’une faute du capitaine. Il a annoncé le lancement d’une enquête pour déterminer les responsabilités.
Le président Emmerson Mnangagwa a immédiatement ordonné le remplacement du ferry et la remise en état rapide de la route qui relie Kariba à Chalala, voie utilisée par la traversée. De son côté, la première dame Auxillia Mnangagwa s’est rendue à Kariba, à près de 350 km de Harare, pour soutenir les familles endeuillées.
Témoignages des survivants : un appel à la responsabilité
Une survivante a raconté aux journalistes de l’AFP que les passagers avaient exprimé leurs craintes au capitaine face à l’agitation des eaux et à la surcharge évidente, mais que leurs avertissements avaient été ignorés. Itayi Marumisa, originaire du village de Mola, a témoigné : « J’emprunte ce ferry depuis plus de cinq ans, mais cette fois, c’était différent. Il y avait tellement de fûts de diesel, de denrées alimentaires et d’autres bagages à bord ».
Le lac Kariba, le plus grand lac artificiel mondial en volume, reste un axe vital pour le commerce et les déplacements. Cette tragédie impose une réflexion profonde sur la nécessité de moderniser les infrastructures et de renforcer les contrôles de sécurité.
Alors que le pays pleure ses pertes, les autorités sont sous pression pour mettre en œuvre des réformes concrètes afin d’éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise.



