Le Sénégal rural se trouve à l’orée d’une transformation majeure : une série d’investissements qui pourrait changer le quotidien de dizaines de milliers de foyers, tout en soulevant de nouvelles questions de gouvernance.
Un plan ambitieux pour 58 communes
Le ministre de l’Assainissement et de l’Hydraulique, Cheikh Tidiane Dièye, a dévoilé mercredi à Louga un programme prévoyant la mise en place de 180 forages et de 120 châteaux d’eau d’ici la fin de 2027. Ces ouvrages seront intégrés au programme d’urgence, en soutien à la deuxième phase du dispositif d’alimentation en eau potable des populations.
Les travaux concerneront spécifiquement 58 localités rurales, parmi lesquelles Keur Momar Sarr, Peté Ouarack, Nguer Malal, Thiamène et Koki, où l’accès à une eau de qualité demeure précaire.
Réforme de la gestion : vers plus de privatisation
Lors de la séance de lancement de la mission d’information, d’éducation et de communication, le directeur général de l’Office des forages ruraux (OFOR), Serigne Mbacké Dieng, a rappelé que la réforme, engagée depuis une décennie, repose sur le transfert progressif de l’exploitation des infrastructures à des opérateurs privés, appelés « fermiers ».
« Cette mission a pour but de faire de la communication, de l’enseignement, mais aussi de la vulgarisation de la réforme de l’hydraulique rurale », a déclaré Serigne Mbacké Dieng.
Il a indiqué que près des deux tiers des forages des huit régions déjà sous affermage sont aujourd’hui gérés par ces acteurs privés. Les maires présents, au nombre de trente‑cinq, ont toutefois réclamé une participation étatique plus forte dans les prochains contrats.
Selon le même officier, le parc hydraulique montre des signes de vieillissement : « certaines installations ont dépassé leur durée de vie », soulignant ainsi la nécessité d’investissements supplémentaires.
Défis persistants : salinité et besoins pastoraux
Les associations d’éleveurs ont attiré l’attention sur les difficultés rencontrées dans les zones pastorales, où la rareté des points d’eau complique la gestion du bétail. Par ailleurs, la salinité de l’eau reste une préoccupation majeure dans l’est de Louga ainsi que dans les parties salées de Thiès et Diourbel.
Pour répondre à ces enjeux, le Grand transfert d’eau (GTE) et le projet Malème‑Hodar sont envisagés comme premières étapes des « autoroutes de l’eau ». Le GTE devrait notamment renforcer l’approvisionnement de 58 communes rurales, améliorant la continuité du service qui dépasse déjà 96 % selon les données de l’OFOR.
En définitive, si le chantier annoncé par Cheikh Tidiane Dièye promet de réduire les coupures d’eau et d’accroître la résilience des populations rurales, son succès dépendra de la capacité des autorités à concilier investissement matériel, gestion efficace et prise en compte des spécificités locales.


