Les coupures d’électricité récurrentes qui secouent le quotidien des Sénégalais depuis plusieurs semaines ont ravivé un débat crucial sur la fiabilité et la gouvernance de notre réseau énergétique. C’est dans ce contexte de forte attente populaire qu’un atelier majeur s’est tenu à Dakar, le mardi 27 octobre 2026. Organisé par le ministère de l’Énergie et du Pétrole, en partenariat avec le MCA-Sénégal II et le Collectif des journalistes économiques du Sénégal (COJES), cette rencontre avait pour objectif de lever le voile sur les transformations profondes engagées pour un service électrique plus robuste et équitable.
Un régulateur renforcé face aux attentes citoyennes
Au cœur des préoccupations nationales, la régulation du secteur électrique se dote de nouveaux leviers. La loi n° 2021-32, promulguée le 9 juillet 2021, jette les bases d’une Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) aux prérogatives nettement accrues. Lors de l’atelier, Mamy Ramata Ba a mis en lumière les avancées majeures : une plus grande autonomie pour l’instance, une extension de ses champs d’action à des segments inédits du marché, et la création d’un Comité de règlement des différends pour une justice plus prompte. La secrétaire exécutive de la CRSE, Mme Lakh, a insisté sur l’impératif d’une autorité régulatrice pleinement indépendante pour garantir la transparence des barèmes tarifaires, assurer le respect des devoirs de service public et veiller à la qualité constante de la fourniture. La protection des usagers figure également en bonne place, avec l’instauration d’un processus modernisé pour le traitement des réclamations et des délais de réponse strictement encadrés, avec une vigilance particulière envers les ménages vulnérables et les populations des zones rurales. Ces ajustements ambitionnent de rétablir la confiance et d’offrir une meilleure prévisibilité du service, répondant ainsi aux exigences formulées par des collectifs comme Noo Lank, qui réclame une gouvernance énergétique plus limpide.
650 millions de dollars pour un réseau résilient
Ces mutations réglementaires s’accompagnent d’investissements massifs visant à transformer l’infrastructure même de l’énergie sénégalaise. Oumar Diop, directeur général du MCA-Sénégal II, a présenté l’ambitieux programme Sénégal Power Compact, une initiative chiffrée à 650 millions de dollars. Cette enveloppe colossale est financée à hauteur de 600 millions de dollars par la coopération américaine et 50 millions par l’État du Sénégal. À cinq mois de sa clôture, ce compact a déjà permis des avancées significatives. Mme Oumou Khaïry Diao Diop, secrétaire permanente à l’Énergie, a détaillé ses trois piliers : la modernisation du réseau de transport, dont l’achèvement est proche avec un taux de 99%, l’extension de l’accès à l’électricité pour près de 3 000 localités isolées, et les réformes structurelles. Ces investissements sont cruciaux pour endiguer les délestages et préparer l’avenir, notamment avec des projets structurants comme Yaakaar-Teranga, pierre angulaire de la stratégie « gas-to-power », bien que la centrale West African Energy fonctionne encore au gasoil dans l’attente de la disponibilité du gaz naturel.
Modernisation et transparence au cœur de l’énergie
L’ambition de modernisation du secteur électrique ne s’arrête pas aux infrastructures. Elle englobe également l’arsenal législatif et les outils administratifs. Le nouveau Code de l’électricité et ses textes d’application sont conçus pour faciliter l’accès des tiers au réseau de transport, ouvrant la voie à une compétition saine et à l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment des producteurs indépendants d’énergie. Pour accompagner cette dynamique, un Bureau d’accès au réseau de transport sera mis en place. Parallèlement, la digitalisation des procédures est à l’honneur avec le Guichet unique SIGTEN, un dispositif présenté par Mouhamadou Sow du Secrétariat permanent à l’Énergie. Cet outil numérique est destiné à simplifier radicalement les démarches administratives pour l’obtention des titres d’exercice des opérateurs du domaine énergétique. Les médias, représentés par le COJES et son coordonnateur Dialigué Faye, ont été conviés à jouer un rôle actif dans l’explication et le suivi de ces évolutions, soulignant l’importance transversale de l’électricité pour l’économie nationale et le caractère institutionnel du Sénégal Power Compact.
En somme, les annonces faites lors de cet atelier dessinent un avenir où le secteur électrique sénégalais, bien que confronté à des défis immédiats, est résolument engagé dans une trajectoire de profonde transformation. Entre une régulation plus ferme, des investissements colossaux et une gouvernance plus transparente, l’objectif est clair : garantir à chaque Sénégalais un accès à une énergie fiable, de qualité et à un coût juste, indispensable au développement économique et social du pays.



