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SENELEC : 187 milliards pour AKILEE, un accord jugé scandaleux malgré un lourd passé

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La validation discrète, le 23 octobre 2026, d’un accord d’une ampleur inédite entre la Direction Générale et le Conseil d’Administration de la SENELEC et l’entreprise AKILEE, pour un montant de 187 milliards de FCFA sur dix ans, secoue profondément l’opinion publique sénégalaise. Cet engagement, destiné à l’acquisition de compteurs dits « intelligents », est vivement contesté par les syndicats SUTELEC et SUDSTEN, ainsi que par diverses entités de la société civile, qui dénoncent un processus opaque et potentiellement désavantageux pour la nation. Des menaces de recours en justice planent sur cette décision.

L’ombre d’un conflit d’intérêts et un précédent annulé

Au cœur de la controverse se trouve le parcours du directeur général d’AKILEE, Amadou LY. Avant de fonder sa propre entreprise, M. LY officiait au sein de Performances Consulting, cabinet ayant précédemment audité la SENELEC. Sa démission rapide pour créer AKILEE et signer des contrats avec l’entité qu’il venait d’examiner soulève des interrogations sérieuses sur un potentiel conflit d’intérêts. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’un accord antérieur avec AKILEE, signé en 2019 sous la direction de Makhtar Cissé, avait déjà été jugé non conforme par l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) en 2020. Sous la pression des organisations syndicales, ce premier contrat avait été résilié. Le retour d’AKILEE en 2026, via un « protocole transactionnel accéléré » et sans passer par la case de l’appel d’offres public, renforce l’idée d’une manœuvre discutable aux yeux de nombreux observateurs.

Un coût exorbitant face au potentiel local négligé

La comparaison économique entre cet accord et l’alternative locale accentue les critiques. La SENELEC est actionnaire à 49% d’AMCO, une société dédiée à l’établissement d’une usine de compteurs sur le territoire sénégalais. AMCO s’est engagée à fournir 4,5 millions de compteurs sur quinze ans pour un coût total de 138 milliards de FCFA, ce qui représente environ 30 000 FCFA par appareil. L’accord avec AKILEE, en revanche, prévoit 2,7 millions d’unités sur une décennie pour les 187 milliards de FCFA susmentionnés, portant le prix unitaire à plus de 68 000 FCFA. Ce delta de prix, supérieur au double pour des équipements similaires, interpelle d’autant plus que le directeur général de la SENELEC lui-même a récemment évoqué des difficultés financières pour l’achat de combustible. Parallèlement, les compétences des ingénieurs sénégalais, à l’origine de réalisations comme la téléconduite du réseau et des solutions innovantes de suivi de consommation, semblent ignorées et sous-utilisées, au profit de prestataires externes.

Devant ce qu’il qualifie de « pillage organisé », le citoyen Cheikh Mbacké Diouf, parmi d’autres voix discordantes, exige une enquête parlementaire immédiate et des éclaircissements de la part de la direction de la SENELEC. L’appel à la mobilisation générale des syndicats et de la société civile pour s’opposer à cette décision résonne comme une ultime tentative de préserver le patrimoine national qu’est la SENELEC, et de garantir une gestion transparente et éthique des deniers publics au Sénégal.

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