Alors que les combats s’étaient calmés depuis plusieurs semaines, des témoins locaux signalent aujourd’hui une présence militaire érythréenne jamais vue auparavant dans le nord du Tigré, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière.
Une progression rapide des forces érythréennes
Des soldats vêtus d’uniformes érythréens ont été observés à Adigrat, ville située à environ 40 km de la frontière, se dirigeant ensuite vers le sud sur la route menant à Idaga Hamus, à une vingtaine de kilomètres du même point. Un habitant a déclaré à l’AFP que les hommes « passent » à travers Adigrat « avec de l’armement lourd ». Un autre témoin a confirmé la même observation, précisant que les véhicules militaires circulaient sur la route bitumée.
Le général Gebreigziabher Beyene, commandant de la Force de paix du Tigré (TPF), a indiqué que les troupes progouvernementales se sont positionnées vers Wukro, à 50 km au nord de Mekelle et à 70 km au sud d’Adigrat, sur l’axe menant à la frontière érythréenne.
Retombées sur le front éthiopien
Le 23 septembre, les hostilités avaient repris entre l’armée éthiopienne et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Quelques jours plus tard, les forces fédérales et la TPF ont repris Mekelle sans combats, après que le TPLF l’avait évacuée. Cette reprise a été suivie d’une avancée des forces éthiopiennes vers l’ouest de la ville, s’emparant de la localité d’Abiy Addi, à une centaine de kilomètres au sud d’Adwa.
Des drones éthiopiens ont également été déployés contre les unités érythréennes, comme l’a précisé le général Gebreigziabher. Les frappes aériennes ont touché, entre autres, la ville d’Adwa, où deux hôtels ont été endommagés, causant plusieurs victimes selon les résidents, bien que ces informations n’aient pas pu être vérifiées de façon indépendante.
Implications géopolitiques
Le gouvernement éthiopien accuse l’Érythrée d’actes de belligérance depuis le 1er octobre, accusant la présence de troupes étrangères de compromettre la stabilité régionale. Kjetil Tronvoll, spécialiste de la zone, explique que l’Érythrée cherche à conserver une zone tampon stratégique dans le nord du Tigré afin d’éviter que les Forces nationales de défense éthiopiennes (ENDF) ne menacent directement son territoire.
Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a réagi sur X en affirmant que le gouvernement éthiopien tente de « créer un narratif fallacieux de légitime défense » pour masquer une « guerre d’agression » contre l’Érythrée.
Le rapprochement des deux armées à moins de 100 km l’une de l’autre intensifie les craintes d’une extension du conflit au-delà des frontières éthiopiennes, mettant en danger les populations civiles déjà éprouvées par des années de guerre.
Alors que les négociations diplomatiques restent au point mort, la communauté internationale suit de près l’évolution du front, consciente que toute escalade pourrait rapidement transformer une guerre régionale en un affrontement plus large.



