Le jugement rendu contre le vidéaste connu sous le pseudonyme de Keylor marque une étape décisive pour les activistes qui utilisent les réseaux sociaux afin d’attirer l’attention des autorités sur des dysfonctionnements du marché local.
Charges retenues et contexte des vidéos
Le tribunal des flagrants délits de Dakar a examiné plusieurs chefs d’inculpation à l’encontre de Papa Saliou Ciss, alias Keylor, âgé de trente ans et menuisier de profession. Les accusations portaient sur la collecte illégale de données personnelles, la violation du droit à la vie privée, l’incitation à la haine raciale, ainsi que la diffusion de messages à caractère xénophobe. Ces faits ont été reprochés suite à des enregistrements publiés sur TikTok où le créateur critiquait la disponibilité d’eaux locales – marques Kirène, Séo, Casamançaise – et le sucre en morceaux de la marque Canne, insinuant un possible boycott au profit d’autres produits.
La plainte officielle a été déposée le 27 août 2026 par El Hadji Boubacar Ba, président de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM), qui affirme représenter plus de 35 500 commerçants, tant sénégalais qu’étrangers. Selon lui, les propos tenus par Keylor seraient diffamatoires et susceptibles d’attiser des tensions entre commerçants.
Décision judiciaire et implications
Après l’audition, le juge a déclaré Keylor coupable des faits reprochés et a prononcé une peine de six mois d’emprisonnement, dont quinze jours ferme. La partie civile, représentée par Me Aboubacry Barro, a vu ses demandes de dommages‑intérêts de cinq millions de francs CFA rejetées. Le procureur Beye a, quant à lui, requis trois mois ferme, mais le tribunal a finalement limité la période ferme à quinze jours.
Lors de l’interrogatoire, Keylor a affirmé que les commerçants filmés étaient conscients d’être enregistrés et que, dans un deuxième extrait, les visages avaient été floutés afin d’éviter toute atteinte à leur réputation. Il a également expliqué que le terme « doxondem » désignait, à son sens, une personne ne résidant pas dans la région, bien que le juge n’ait pas retenu cette interprétation.
Le verdict suscite des inquiétudes parmi les défenseurs des droits numériques, qui redoutent une possible restriction de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de dénoncer des pratiques commerciales jugées injustes. Le cas de Keylor illustre la tension entre la protection de la réputation des commerçants et le droit du public à être informé des problèmes de consommation.
En conclusion, la condamnation de ce lanceur d’alerte pourrait décourager d’autres créateurs de contenu de signaler des dysfonctionnements, tout en rappelant aux autorités la nécessité de clarifier les limites légales entre diffamation et légitime défense de l’intérêt général.



