Le vote du mardi 3 novembre à l’Assemblée nationale a déclenché une onde de choc dans les couloirs du pouvoir sénégalais. Malgré un rejet massif de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, le pays ne bascule pas immédiatement dans une impasse budgétaire.
Un rejet qui ne vide pas les caisses de l’État
Sur les 132 parlementaires présents, 109 ont voté contre le texte, 20 l’ont soutenu et trois se sont abstenus. Cheikh Omar Diallo, juriste‑politiste, rappelle que la LFR ne crée pas de nouvelles autorisations ; elle ne fait que modifier celles déjà adoptées. Ainsi, les crédits déjà accordés restent actifs, tandis que les nouvelles demandes du gouvernement sont bloquées.
Conséquences institutionnelles et risques de dissolution
L’article 47 de la loi organique des lois de finances prévoit la possibilité de présenter un texte rectificatif sans garantir son adoption. Le rejet ne déclenche donc ni la démission du gouvernement, ni l’obligation de solliciter une nouvelle confiance. Une motion de censure ne pourra être engagée que par une initiative distincte des députés.
Le débat s’est intensifié avec le maire de Ndoffane, Samba Ndiaye, qui a appelé le président Bassirou Diomaye Faye à mettre fin au mandat des parlementaires, afin de clarifier les rapports de force. De son côté, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a annoncé à Fatick que l’Assemblée serait dissoute le 2 décembre, arguant qu’elle ne pouvait plus fonctionner si la majorité rejetait les projets du chef de l’État. Il a affirmé que la dissolution surviendrait « par A ou B ».
Enjeux financiers et perspectives pour 2027
Selon Cheikh Omar Diallo, les défis immédiats concernent surtout la disponibilité des liquidités et la confiance des bailleurs techniques et financiers. Les autorisations budgétaires existantes ne garantissent pas les paiements si la trésorerie ne suit pas. Le prochain grand chantier sera l’examen de la loi de finances initiale (LFI) 2027, qui obligera le gouvernement à négocier ses priorités avec le Parlement, notamment les députés du PASTEF qui devront exposer leurs arbitrages.
Le juriste estime qu’une dissolution de l’Assemblée nationale pourrait devenir probable, voire inévitable, au premier trimestre 2027 si les tensions persistent.
En définitive, le rejet de la LFR 2026 montre la capacité du législatif à freiner les ambitions exécutives, mais il laisse le pays face à une incertitude budgétaire et politique qui pourrait remodeler le paysage institutionnel sénégalais.



