Huit ans après le drame qui a endeuillé la communauté universitaire de Saint-Louis, le dossier Fallou Sène connaît un développement majeur devant le tribunal militaire. Devant la cour ce vendredi, le sous-lieutenant Serigne Moustapha Sané, impliqué dans la mort de l’étudiant de l’Université Gaston Berger (UGB) en 2018, a finalement reconnu avoir fait usage de son arme. Cette confession met en lumière les tensions persistantes autour de cet événement et ravive l’espoir de justice pour la famille du défunt.
L’Aveugle d’un Officier et sa Justification
Poursuivi pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », Serigne Moustapha Sané a admis avoir tiré sur les manifestants au cours des affrontements. L’ancien sous-lieutenant a toutefois avancé une explication pour son geste, arguant qu’il intervenait dans le cadre d’une mission officielle de maintien de l’ordre. Il a déclaré avoir agi pour protéger son supérieur, le commandant Abdou Diop, et d’autres gendarmes, qui auraient été blessés et malmenés par les étudiants.
Le militaire a détaillé avoir effectué trois tirs de semonce, avant un quatrième qu’il dit avoir orienté vers les membres inférieurs des protestataires. Cette version a soulevé des doutes, notamment quant à l’arme utilisée. L’accusation a fait valoir qu’il était muni d’un pistolet automatique de 9 mm, mais que c’est un fusil M16 qui a finalement été employé.
Témoignages Contradictoires et Enjeux du Procès
Les conclusions de l’autopsie et les éléments de la confrontation ont été au cœur des débats. Le commandant Abdou Diop, ancien chef de l’intervention, a corroboré une partie de la défense, affirmant que son subordonné avait utilisé son arme pour assurer la sécurité de ses hommes et disperser la foule en colère, citant les blessures de certains gendarmes comme Pape Matar Diop. Cependant, les déclarations de deux représentants de la Coordination des étudiants de Saint-Louis, dont son ancien président en 2018, M. Diop, ont offert un récit divergent. Ces témoins ont indiqué avoir plutôt appelé au calme et à la fin des jets de pierres, contredisant ainsi le besoin immédiat d’une riposte armée.
Réclamations Sonores et Verdict Imminent
L’audience a également été marquée par d’importantes demandes de réparation. Me Assane Dioma Ndiaye, avocat de la famille Fallou Sène, a exigé 200 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts. De son côté, la Coordination des étudiants de Saint-Louis, représentée par Me Amadou Diallo, a sollicité 50 millions de FCFA. Le procureur de la République, convaincu de la culpabilité du prévenu, a requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme. La défense, portée par Me Moustapha Dieng, a plaidé l’état de nécessité, invoquant les dispositions de l’article 315 du code pénal et appelant à l’apaisement. Le tribunal a ajourné sa décision, fixant le prononcé du délibéré au 27 novembre prochain.



