L’ombre d’un scandale financier de grande ampleur plane sur le système judiciaire sénégalais alors que l’ex-directeur des finances pénitentiaires, Moussa Seydi, est au cœur d’une procédure explosive. Ce mercredi 28 octobre, la Chambre d’accusation du Pool judiciaire financier se penche sur sa demande de liberté provisoire, un enjeu crucial dans un dossier impliquant des milliards de francs CFA et des contrats d’acquisition de bracelets électroniques. Les faits reprochés dessinent un tableau préoccupant de la gestion des fonds publics, soulevant des questions fondamentales sur la transparence et la responsabilité.
Les Cœurs de l’Affaire : Des Milliards en Question
L’enquête, ouverte dès le 24 octobre 2024, met en lumière des marchés publics signés en 2020 et 2023 pour l’acquisition de dispositifs de surveillance électronique. Le montant global de ces accords atteint la somme astronomique de 11 178 602 018 FCFA. Le Parquet financier pointe du doigt plusieurs anomalies majeures, notamment le versement d’une avance de démarrage de 1 377 900 000 FCFA, jugée problématique. De plus, un écart colossal de 3 633 188 987 FCFA reste sans explication plausible, selon les accusations.
Ces contrats lient le Ministère de la Justice à la société Colombe Cyber Defense Operations Center (Ccdoc). Le premier, datant du 22 octobre 2020, prévoyait 1 000 bracelets pour 6 889 550 381 FCFA. L’Administration pénitentiaire y relève un différentiel de 3 633 188 987 FCFA entre les dépenses constatées et le montant engagé. Un second accord, du 6 juillet 2023, concernant également 1 000 dispositifs pour 5 340 000 000 FCFA, présente un écart de 2 908 437 720 FCFA, également non justifié. La Division des investigations criminelles a par ailleurs noté que 8 911 018 101 FCFA ont été versés à Ccdoc entre 2020 et 2024 par le Payeur général du Trésor.
Bataille Judiciaire : L’Enjeu de la Liberté Provisoire
Détenu depuis le 23 juin 2026, Moussa Seydi fait face à des accusations sérieuses, incluant détournement et escroquerie de deniers publics pour 120 637 720 FCFA, mais aussi faux en écriture publique authentique, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux. Ses avocats, qui contestent vigoureusement ces allégations, estiment que les preuves actuelles sont insuffisantes pour étayer les charges. L’issue de cette audience pour la liberté provisoire est donc primordiale pour l’ancien cadre, dont le sort est lié à cette affaire aux ramifications financières considérables.
Ce dossier prend une tournure d’autant plus complexe qu’il fait écho à une autre procédure. Un mois avant la situation de Moussa Seydi, El Hadji Gora Diop Guèye, dirigeant de Ccdoc, avait obtenu une libération provisoire sous contrôle judiciaire, après avoir versé une caution. Cette décision pourrait influencer la défense de l’ancien directeur des finances pénitentiaires, ajoutant une dimension supplémentaire aux enjeux de cette affaire.
Au-delà de la situation individuelle de Moussa Seydi, ce dossier met en lumière les fragilités des mécanismes de contrôle des marchés publics et la nécessité d’une vigilance accrue dans l’utilisation des deniers de l’État. L’attention est désormais tournée vers la Chambre d’accusation, dont la décision pourrait non seulement définir l’avenir immédiat de l’accusé mais aussi envoyer un signal fort quant à la lutte contre la corruption et la malversation financière au Sénégal.



