Alors que le conflit au Soudan continue d’alimenter l’une des pires crises humanitaires du continent, plusieurs organisations de défense des droits réclament une mise à l’écart de la candidate émiratie au poste le plus influent de l’ONU. L’enjeu dépasse le simple choix d’un secrétaire général : il s’agit de la crédibilité de l’institution face aux violences qui ravagent l’Afrique de l’Ouest.
Des accusations qui relancent le débat sur l’ingérence
Des ONG internationales ont appelé ce mardi les États majeurs à empêcher Lana Nusseibeh, 48 ans, d’obtenir la direction de l’Organisation des Nations Unies. Elles invoquent les soupçons selon lesquels les Émirats arabes unis financeraient les Forces de soutien rapide (FSR), groupe paramilitaire actif au Soudan où plus de 200 000 personnes ont perdu la vie.
Le gouvernement soudanais et divers observateurs ont déjà pointé du doigt Abou Dhabi, l’accusant d’équiper les milices. Malgré ces allégations, les autorités émiraties persistent à nier toute implication, même si plusieurs rapports documentent le contraire.
Voix critiques et mise en garde contre une prise de contrôle
Ken Roth, porte-parole de Human Rights Watch, a déclaré que la candidature était « totalement inappropriée » puisqu’elle ignorerait la réalité du terrain. De son côté, Kate Ferguson, codirectrice de l’ONG britannique Protection Approaches, a souligné l’absence de preuves suffisantes pour affirmer l’indépendance de Nusseibeh vis-à-vis de son État d’origine.
Selon elle, il ne faut pas se montrer naïf : « il pourrait s’agir d’une tentative délibérée de captation de l’ONU par des régimes autocratiques, avec l’appui des États‑Unis, afin de prendre le contrôle de l’organisation ».
Le processus de sélection sous le feu des critiques
Pour remporter le poste, le candidat doit obtenir neuf voix sur quinze au Conseil de sécurité, tout en évitant le veto des cinq membres permanents – les États‑Unis, le Royaume‑Uni, la Chine, la France et la Russie. Une fois le consensus atteint, le nom sera soumis à l’Assemblée générale, qui suit généralement la recommandation du Conseil.
Lana Nusseibeh a présenté son programme lors d’une audition publique à l’ONU ce mardi, mais la pression exercée par les organisations de défense des droits pourrait influencer les votes des grandes puissances, notamment celles qui soutiennent la lutte contre les milices au Soudan.
Si les appels des ONG se traduisent par un blocage effectif, cela enverra un signal fort aux États qui cherchent à exercer une influence disproportionnée sur les instances internationales, tout en rappelant aux décideurs que la légitimité de l’ONU repose sur la transparence et le respect des droits humains.
Dans les prochains jours, les négociations au sein du Conseil de sécurité seront scrutées de près, car la décision finale pourrait redéfinir la posture de l’ONU face aux conflits africains et à la gouvernance mondiale.



