Alors que la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) s’apprête à vivre une interruption de service, les représentants des salariés, menés par El Hadji Thierno Dramé, ont annoncé un préavis de grève de trois journées. Cette mesure, qui pourrait compromettre la diffusion de plusieurs manifestations officielles, traduit la perte de patience d’une catégorie qui se sent abandonnée.
Un désaccord salarial qui déborde
Au cœur du conflit se trouve l’accord d’entreprise conclu le 29 mars 2024, fruit de négociations entamées en 2018 et validé par le conseil d’administration en juin 2022. Selon Dramé, le coût mensuel de ces mesures serait inférieur à 150 millions de francs CFA. Les salariés réclament la mise en œuvre de cet accord et la reprise des pourparlers sur les salaires, qu’ils jugent décalés par rapport à l’inflation. Journalistes, techniciens, caméramans, monteurs et agents administratifs sont parmi les catégories qui estiment que leurs rémunérations ne couvrent plus les dépenses courantes.
Une escalade judiciaire et politique
La suspension de l’accord, décidée par le directeur Pape Alé Niang, a déclenché une procédure judiciaire visant cinq responsables syndicaux. L’Union nationale des syndicats de l’audiovisuel et des services (UNSAS) a dénoncé une rupture qui, à leurs yeux, transgresse le Code du travail. Des tentatives de médiation auprès de l’ancien ministre de la Communication Alioune Sall et d’autres médiateurs sont restées sans issue, accentuant le sentiment d’impasse.
Parmi les critiques additionnelles, les syndicats SYNPICS et SYN‑PAP ont pointé du doigt des pratiques opaques, notamment l’attribution du marché du « Village de la CAN » au frère du directeur général. De plus, plusieurs barèmes remontent encore à 2005, et l’indemnité de panier, fixée à 2 000 FCFA pour une journée continue débutant à 8 h, apparaît dérisoire face aux réalités économiques.
Vers une résolution ?
El Hadji Thierno Dramé souligne que les travailleurs restent attachés à la mission de service public de la RTS et souhaitent que leurs exigences soient prises en compte. Des émissaires de la Primature ainsi que des personnalités du secteur audiovisuel, dont l’ancien directeur général Mactar Silla, sont mobilisés pour faciliter le dialogue. La direction a, quant à elle, retiré les poursuites contre les représentants syndicaux, un geste perçu comme un premier pas vers la détente.
Si les négociations reprennent, la chaîne publique pourrait éviter une interruption majeure et restaurer la confiance entre les employés et la direction, indispensable au bon fonctionnement du service public audiovisuel.



