Après une période de retenue qu’il qualifie lui-même de « mutisme total » dictée par une « pudeur patriotique » et une « réelle relation fraternelle », Babacar Justin Ndiaye, intellectuel reconnu et originaire de la même localité que l’ancien chef d’État, sort de son silence. Sa prise de parole intervient après le retrait de la candidature de Macky Sall au Secrétariat général des Nations Unies, un projet qu’il qualifie sans ambages de « mère des erreurs ». Une analyse qui offre un éclairage inédit sur les coulisses de cette ambition internationale et ses répercussions perçues pour la dignité africaine.
Un déclassement perçu pour la fonction présidentielle ?
Au cœur de la critique de Babacar Justin Ndiaye se trouve une interrogation fondamentale sur la nature de la position de Secrétaire général de l’ONU. Pour l’ancien journaliste, cette fonction, bien qu’éminente sur la scène mondiale, serait intrinsèquement « subalterne » et « très inférieure » au statut d’un ancien Président démocratiquement élu d’une nation souveraine. Il pointe du doigt le fait qu’aucun ancien dirigeant d’État, qu’il soit d’Europe, d’Asie ou d’Afrique, n’a jamais aspiré à « administrer » l’organisation internationale depuis sa fondation. L’analyste souligne que les Secrétaires généraux, de Trygve Lie à Antonio Guterres, n’ont jamais été des chefs d’État avant leur mandat onusien, travaillant « sous la dictée » des membres permanents du Conseil de sécurité, détenteurs du droit de veto. Cette perspective suggère que l’ambition de Macky Sall aurait pu signifier un recul symbolique pour un homme ayant déjà exercé l’« onction des peuples ».
Les pièges géopolitiques des Grands Lacs
L’analyse de Ndiaye ne s’arrête pas aux considérations de prestige, elle plonge dans les méandres des dynamiques internationales. Il identifie un « parrainage pernicieux » du Burundi comme un fardeau majeur pour la candidature de l’ex-Président sénégalais. Bujumbura, impliquée dans un conflit en République Démocratique du Congo aux côtés du Président Félix Tshisekedi, a engendré une « crispation et radicalisation » du Président rwandais Paul Kagamé. Ce dernier, qualifié de « Bismarck africain » par Ndiaye, aurait œuvré pour empêcher la formation d’un soutien africain unifié à Macky Sall au sein de l’Union Africaine. L’auteur évoque une situation « kafkaïenne » où des minerais stratégiques seraient pillés en RDC et rachetés par Donald Trump, qui se positionne par ailleurs comme médiateur, créant un imbroglio explosif. S’engager par la voie de Bujumbura aurait, selon l’analyse, ouvert la porte à des « retours de flammes » préjudiciables à la candidature jusqu’au siège des Nations Unies.
Pour Babacar Justin Ndiaye, cette aventure diplomatique, finalement abandonnée, constitue une « humiliation » qui s’étend au-delà du Sénégal pour envelopper le continent africain tout entier. Il rappelle la caractérisation peu flatteuse des États africains par Donald Trump comme des « pays de merde », un facteur qui, selon lui, réduisait à néant toute chance pour un candidat issu de cette région du monde. Le dénouement est perçu comme une déconvenue, où un ancien chef d’État deux fois élu se voit « bousculé vers la sortie » par des figures moins illustres sur la scène politique internationale. Cette critique cinglante invite à une réflexion profonde sur les choix stratégiques de la diplomatie africaine et la préservation de la souveraineté et de la fierté continentale face aux jeux de pouvoir mondiaux.



