La période de l’Aïd el-Kébir, si chère au cœur des Sénégalais, s’accompagne chaque année d’un défi logistique et économique majeur pour le pays. Alors que les éleveurs ont encore en mémoire les 144 727 moutons qui n’ont pas trouvé preneur au lendemain de la Tabaski 2026, le ministre chargé de l’Élevage, Me Ousmane Diagne, prend les devants. Une réunion cruciale s’est tenue à Rufisque, le jeudi 15 octobre 2026, marquant le coup d’envoi des préparatifs pour l’édition de 2027, bien plus tôt que les années précédentes. Une démarche proactive visant à inverser la tendance et à garantir un approvisionnement maîtrisé.
Un bilan 2026 contrasté entre succès et mévente
L’opération Tabaski 2026 avait fixé une cible ambitieuse de 900 000 têtes ovines, avec une projection de 260 000 spécimens pour la seule capitale, Dakar. Au final, les données dévoilées par Ousmane Diagne font état d’un succès quantitatif, avec 1 069 356 moutons fournis, soit un dépassement de 118,82 % de l’objectif. Cependant, derrière ce chiffre flatteur se cachait un revers douloureux pour les professionnels du secteur : l’énorme surplus d’animaux non écoulés. Malgré une demande nationale annuelle qui avoisine les deux millions de bêtes, l’organisation des points de vente et les dynamiques du marché ont conduit à cette situation délicate.
Les éleveurs, présents lors des échanges qui ont duré plus de six heures, ont exprimé leurs préoccupations avec vigueur. Ils ont notamment pointé du doigt les conséquences de l’ouverture aux importations sur leurs invendus. D’autres sujets cruciaux ont été abordés, comme le coût prohibitif des aliments pour le cheptel, la recrudescence des vols de bétail, la problématique des abattages clandestins et le besoin pressant de solutions de financement adaptées. Le ministre a, de son côté, attribué les bons résultats en matière d’approvisionnement global au soutien de l’État, notamment via le Fonds d’appui à la stabulation (Fonstab), et à l’implication des partenaires financiers.
La nouvelle stratégie : anticiper pour produire localement
Conscient des défis, Ousmane Diagne a annoncé une réorientation stratégique significative. L’atelier d’évaluation, habituellement programmé en mars, a été avancé à octobre 2026, afin de disposer de plus de temps pour capitaliser sur les points positifs de l’année précédente et corriger efficacement les lacunes. Cette anticipation vise à mieux structurer l’ensemble de la filière.
Un axe majeur de la future politique de financement concernera les acteurs de la production, avec une priorité accordée à ceux qui contribuent directement à l’élevage. L’ambition affichée par le ministre est claire : le Sénégal doit parvenir à une autosuffisance ovine pour satisfaire les besoins de sa population lors de la Tabaski. Une telle vision, si elle se concrétise, réduirait la dépendance aux marchés extérieurs et injecterait une dynamique nouvelle dans l’économie rurale.
Les services du ministère ont promis d’apporter des réponses concrètes aux doléances des éleveurs concernant la structuration des marchés, l’accès aux intrants, la sécurité des troupeaux et les mécanismes de financement. L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement d’assurer la disponibilité des moutons pour la fête, mais surtout de renforcer la résilience des éleveurs sénégalais et de garantir la souveraineté alimentaire du pays dans un secteur vital.



