L’horreur de la peine capitale s’est abattue sur un jeune Iranien, Alireza Sepahi, âgé de vingt-cinq ans, dont l’exécution a été confirmée au matin du 5 octobre. Son histoire bouleversante, révélée par des organisations de défense des droits humains, offre un aperçu glaçant de la justice expéditive en République islamique. À la veille de sa mort, il a accompli un dernier acte de vie et d’amour, unissant symboliquement sa destinée à celle de sa compagne, tous deux derrière les barreaux, dans un geste poignant d’humanité face à l’imminence du couperet.
Un serment d’amour prononcé derrière les barreaux
Dans un contexte d’une cruauté insondable, Alireza Sepahi a scellé son union avec Mahshad Kashani, sa fiancée, le 4 octobre. Emprisonnée elle aussi dans une autre geôle d’Ispahan, cette cérémonie nuptiale a eu lieu par le biais d’un appel téléphonique orchestré par l’avocat du jeune homme. Entendu sur des enregistrements diffusés par l’ONG Iran Human Rights (IHR), l’échange montre Sepahi sollicitant l’accord de leurs pères pour un mariage religieux, avec une dot composée d’un exemplaire du Coran, d’un morceau de sucre candi et d’une rose rouge. Malgré l’espoir que ce mariage puisse retarder la sentence fatale, les autorités pénitentiaires ont refusé toute rencontre en personne, justifiant leur décision par l’absence de lien de parenté entre les futurs époux, un mariage « par contumace » selon Roya Boroumand du Centre Abdorrahman Boroumand.
Des accusations contestées et des droits bafoués
L’arrestation d’Alireza Sepahi remonte au 10 janvier, suite à une supposée implication dans la disparition de quatre agents des forces de l’ordre durant les mouvements de protestation ayant secoué le pays en janvier. Sa mère demeure d’ailleurs incarcérée, purgeant une peine de cinq ans. Condamné en raison de son appartenance à un collectif armé et pour avoir compromis la sûreté nationale, comme l’a indiqué Mizan, l’agence du pouvoir judiciaire, le procès a été entaché de « sérieux manquements procéduraux », selon le Centre Abdorrahman Boroumand. Le tribunal aurait ignoré des preuves cruciales présentées par la défense, y compris des images démontrant l’absence de Sepahi sur les lieux au moment des faits reprochés. Une dizaine d’autres personnes ont également été condamnées à mort dans la même affaire.
Une exécution différée, puis implacable
L’horrible échéance avait été initialement fixée au 28 juillet pour une exécution publique, en compagnie de deux autres hommes, dont son cousin Abolfazl. Toutefois, un événement inattendu avait temporairement suspendu l’exécution : Alireza Sepahi avait été victime d’un accident cardiovasculaire, nécessitant son transfert à l’hôpital. Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, a décrit cette période d’angoisse où, revenu en prison, il « vivait chaque jour dans la peur d’une exécution, jusqu’à ce que le couperet tombe ». Son recours en appel a été rejeté par le tribunal révolutionnaire d’Ispahan, scellant son sort. En parallèle, Alireza Raïssi a également été mis à mort le même jour que Sepahi, dans la prison d’Ispahan.
Cette tragédie personnelle s’inscrit dans une répression plus large où, selon l’ONG Iran Human Rights, trente-quatre personnes ont été exécutées en lien avec les récentes vagues de protestation. L’onde de choc ne s’est pas arrêtée avec la pendaison ; la famille d’Alireza Sepahi a dû faire face à une souffrance prolongée, son corps n’ayant pas été restitué pour les funérailles à Ispahan, mais transféré à deux cents kilomètres de là, à Kashan. Le cas d’Alireza Sepahi, entre l’amour volé et la justice aveugle, est un rappel poignant du coût humain de la répression et de l’urgence de défendre les droits fondamentaux.



