Dakar, Sénégal – Le continent africain fait face à un nouveau front dans la guerre contre les produits médicaux contrefaits. Une révélation majeure émanant de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) met en lumière une menace grandissante : l’intensification de la production locale de traitements frauduleux. Cette tendance alarmante, particulièrement prégnante dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), soulève des inquiétudes profondes quant à la salubrité publique et à la stabilité régionale.
Le péril grandissant de la fabrication indigène
Alors que la lutte contre l’importation de médicaments illégaux est déjà complexe, un rapport conjoint de l’ONUDC, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Commission de la Cemac vient de frapper un coup. François Patuel, responsable de l’unité de recherche et de sensibilisation au bureau régional Afrique de l’Ouest et du Centre de l’ONUDC, a en effet mis en exergue un tournant inquiétant. Selon ses observations, « il y a une production locale grandissante de produits falsifiés ». Cette évolution modifie fondamentalement la donne, rendant la traque et l’éradication de ces substances mortelles encore plus ardues. Les réseaux de trafiquants ne se contentent plus d’importer ; ils installent des ateliers clandestins au plus près des consommateurs, minimisant les risques de détection aux frontières.
Un volume de saisies qui alerte sur l’ampleur du fléau
L’ampleur de ce commerce illicite est difficilement concevable. Entre les années 2020 et 2025, ce sont plus de 250 tonnes de produits médicaux non conformes qui ont été interceptées sur le territoire des États membres de la Cemac. Un chiffre colossal qui ne représente probablement qu’une fraction du volume réel en circulation. Ces saisies massives confirment que le trafic de traitements frauduleux représente un triple danger pour cette zone stratégique du continent : il fragilise considérablement la santé publique, entrave le progrès socio-économique des nations et compromet la sécurité globale de la sous-région.
Une riposte coordonnée indispensable
Face à cette menace multidimensionnelle, la collaboration entre les organismes internationaux et les institutions régionales devient cruciale. Le partenariat entre l’ONUDC, l’OMS et la Commission de la Cemac pour la rédaction de ce rapport souligne une prise de conscience collective de l’urgence de la situation. L’objectif est clair : renforcer les capacités de détection, démanteler les filières de fabrication et de distribution, et sensibiliser les populations aux risques encourus. La survie de milliers d’Africains est en jeu, et la protection de leurs systèmes de santé dépendra de l’efficacité de cette coordination.
Le Sénégal, bien que ne faisant pas partie de la Cemac, est également confronté à des défis similaires en matière de contrefaçon pharmaceutique. Les leçons tirées de cette région centrale du continent pourraient servir de modèle pour renforcer les dispositifs de surveillance et de répression à l’échelle panafricaine, garantissant ainsi un accès à des soins sûrs pour tous.



