Accueil ECONOMIE Ndongo Samba Sylla fracasse un tabou : le Sénégal incapable de payer...

Ndongo Samba Sylla fracasse un tabou : le Sénégal incapable de payer sa dette extérieure

0
62

Le Sénégal se trouve-t-il au bord d’un précipice financier ? C’est le constat alarmant dressé ce lundi par l’économiste Ndongo Samba Sylla, lors d’un débat organisé par le Cajust (Citoyens actifs pour la justice sociale). Sans détour, le spécialiste a dépeint une réalité budgétaire préoccupante, avertissant que le pays s’enfonce dans un cycle d’endettement en monnaies étrangères dont les conséquences pourraient être dramatiques.

La dette extérieure : un cercle vicieux implacable

Au cœur de l’analyse de Ndongo Samba Sylla, une vérité fondamentale : les dettes libellées en devises étrangères, qu’il s’agisse de dollars ou d’euros, exigent un remboursement dans ces mêmes monnaies. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que la dette en dollars et en euros se paie en dollars et en euros », a-t-il martelé. Il a illustré l’impossibilité de s’acquitter de ces engagements sans les devises correspondantes, même avec d’importantes réserves en francs CFA. La capacité réelle d’un pays à honorer sa dette extérieure dépend ainsi directement de ses performances à l’exportation, source principale de devises.

Cependant, pour le Sénégal, la période de 2011 à 2023 a vu une accumulation significative de dettes externes sans une amélioration correspondante de ses capacités d’exportation. En conséquence, les sommes allouées au service de la dette augmentent constamment, alors que les recettes issues des ventes à l’étranger stagnent. Ce déséquilibre contraint le pays non seulement à s’endetter pour couvrir ses importations nettes, mais également à contracter de nouveaux prêts simplement pour s’acquitter de ses anciennes dettes en devises. Un schéma jugé « fatal » que l’économiste avait déjà pointé du doigt dès 2019.

Une souveraineté économique menacée et l’urgence de la transparence

Les chiffres avancés par Ndongo Samba Sylla sont sans appel : le service de la dette publique extérieure, qui s’élevait à 7,6 milliards entre 2011 et 2023, devrait quasiment doubler pour la période 2024-2028. Cette hausse colossale survient alors que la notation du pays se dégrade et que les revenus pétroliers n’apportent pas encore le bénéfice escompté. La conclusion de l’économiste est cinglante : la dette du Sénégal n’a jamais été soutenable, et il affirme aujourd’hui, « on n’a pas la capacité objective de payer ».

Il a comparé la situation à un individu qui doit 100 dollars mais n’en possède que 50, l’obligeant à emprunter. Mais si les prêteurs imposent des taux d’intérêt prohibitifs, de 10% ou 15%, une telle démarche reviendrait à un « suicide financier ». Cette impasse a des ramifications profondes : les prêteurs pourraient imposer des orientations économiques, entraînant une perte de souveraineté et des mesures d’austérité qui étoufferaient la croissance. Face à ce péril, le chercheur préconise d’abord une exigence de « transparence », plaidant pour le remboursement des seules dettes « légales, contractées pour le bénéfice du Sénégal », et non un paiement « aveuglément ».

Le CFA : un frein à la souveraineté monétaire ?

Parmi les pistes de transformation structurelle évoquées par Ndongo Samba Sylla, une proposition radicale se démarque : la sortie du franc CFA. Une perspective que le modérateur, le Pr Abdou Aziz Kébé, n’a d’ailleurs pas partagée. Pour M. Sylla, le système CFA engendre l’endettement : il a rappelé qu’entre 1960 et 2023, les pays de cette zone ont contracté 200 des 600 prêts du FMI octroyés à l’échelle africaine, signifiant un recours quasi systématique tous les trois ans pour des pays comme le Sénégal.

Cette dépendance au FMI serait, pour M. Sylla, la preuve d’un modèle économique défaillant et d’un manque criant de souveraineté monétaire. Il plaide pour une rupture avec ce système pour rétablir cette souveraineté et permettre la mise en œuvre de politiques industrielles adaptées. Quant à l’Eco, la monnaie unique ouest-africaine en projet, Ndongo Samba Sylla l’a qualifiée sans ambages de « chimère », balayant ainsi les espoirs d’une solution régionale imminente.

L’intervention de Ndongo Samba Sylla sonne comme un avertissement solennel pour le Sénégal. Au-delà des chiffres, c’est l’autonomie et la capacité de décision du pays qui sont en jeu face à un endettement jugé insoutenable. Son plaidoyer pour la transparence et son appel à repenser le cadre monétaire invitent à une introspection profonde sur les fondements mêmes de la politique économique sénégalaise, soulignant l’urgence de réformes audacieuses pour conjurer la spirale de la dépendance.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici