La sphère politique sénégalaise est secouée par l’annonce du ralliement imminent d’Abdoulaye Saydou Sow à Kiiraay, la coalition au pouvoir. Cette adhésion du maire de Kaffrine, figure de proue de l’ancienne majorité présidentielle, fait grand bruit et interroge la notion d’engagement politique, d’autant qu’elle survient après des serments de loyauté inébranlables envers l’ancien chef d’État, Macky Sall.
La Loyauté à l’Épreuve du Pouvoir Nouveau
Le nom d’Abdoulaye Saydou Sow domine le discours politique récent. Son passage envisagé vers le camp du président Bassirou Diomaye Faye est perçu par beaucoup comme une parfaite illustration de la transhumance politique contemporaine. Cette situation est d’autant plus marquante que Monsieur Sow n’est pas un responsable ordinaire de l’Alliance pour la République (APR) à changer de bord. Sa stature de leader notable, ayant occupé des fonctions clés telles que maire, directeur général, et ministre influent, rend ce déplacement particulièrement retentissant.
Son allégeance à l’ex-chef de l’État était jadis publiquement affirmée. Lors d’une rencontre en décembre 2023, quelques mois avant l’élection présidentielle de mars 2024, il avait déclaré avec force : « Président, vous m’avez tout donné. Personne ne me prendra à défaut dans ma loyauté vis-à-vis de vous. Après le 2 avril, personne ne me verra en déficit de loyauté vis-à-vis de vous. Vous m’avez donné ce qu’il y a de plus cher : la confiance. Et cette confiance, je la mériterai jusqu’à la fin de ma vie. » Des propos qui contrastent avec son orientation actuelle, où il semble désormais embrasser les idéaux de Diomaye Faye.
Une Trajectoire Politique Polymorphe
Le parcours d’Abdoulaye Saydou Sow est marqué par une succession d’appartenances politiques. Après une initiation précoce aux affaires de la cité, l’homme a débuté son engagement au sein du Parti Socialiste (PS), avant de rejoindre plus tard le Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Sa carrière prend une nouvelle dimension après 2012, lorsque l’APR, le nouveau parti au pouvoir, cherche à s’implanter solidement à Kaffrine, alors que les forces politiques traditionnelles de la région s’essoufflent.
Il a fallu une intervention de Macky Sall pour l’aider à résoudre un problème lié à ses études à l’ENA, créant ainsi un lien de reconnaissance. Nommé conseiller technique à la présidence à sa sortie de l’ENA en 2017, puis directeur du COUD en 2019, et ministre de l’Urbanisme un an après, sa patience et son ambition ont été récompensées. En 2022, il accède enfin au fauteuil de maire de Kaffrine, concrétisant ainsi son désir profond d’être élu par sa base et d’« exister politiquement » dans sa ville pendant une longue période, comme il l’avait confié à un proche. Cette quête de longévité politique locale pourrait expliquer son récent virage.
L’histoire personnelle d’Abdoulaye Saydou Sow, marquée par des débuts modestes, avec des souvenirs comme celui de la borne-fontaine, façonne sans doute aussi son approche pragmatique de la politique. Son avenir, et notamment la perception de sa démarche par les électeurs de Kaffrine, se jouera probablement lors des prochaines élections locales de 2027.



