Un paradoxe flagrant marque la relation entre le gouvernement du Sénégal et l’univers médiatique. D’un côté, le chef d’État, Bassirou Diomaye Faye, a déroulé le tapis rouge pour Marie-Christine Saragosse, la présidente-directrice générale de France Médias Monde. Cette réception officielle, tenue le vendredi 11 septembre 2026 au Palais de la République, se voulait une démonstration d’ouverture et de collaboration. Mais en coulisses, un sentiment d’abandon et de frustration s’installe chez les acteurs de la presse nationale, dont les préoccupations demeurent sans réponse.
Une rencontre de prestige pour la coopération audiovisuelle
La délégation de France Médias Monde, menée par sa PDG, a eu l’opportunité de présenter l’étendue de ses opérations sur le territoire sénégalais. Les échanges ont porté sur les activités actuelles du groupe et les perspectives d’un futur partenariat dans le domaine audiovisuel. France Médias Monde a également partagé son plan d’investissement pour la période 2020-2028. Il a été rappelé la forte présence de Radio France Internationale (RFI), dont la diffusion en FM à Dakar remonte à 1991 et qui couvre désormais huit autres localités. Depuis 2019, une équipe de rédaction installée dans la capitale sénégalaise enrichit l’offre avec des productions en langues fulfulde et mandenkan. Le groupe emploie actuellement près de 70 collaborateurs au Sénégal, majoritairement des journalistes locaux.
Devant ses hôtes, le président Bassirou Diomaye Faye a souligné l’engagement du groupe et réaffirmé l’ouverture de son pays à l’ensemble des médias internationaux, à condition que les lois et régulations en vigueur soient respectées. Il a également garanti la disposition de l’État à accompagner les professionnels de l’audiovisuel dans la création et la distribution de contenus de qualité, une information rapportée notamment par RFI et dakar92.
L’amertume grandissante de la presse locale
Cette effervescence diplomatique contraste vivement avec le climat de mécontentement qui règne au sein de la profession journalistique sénégalaise. Depuis son accession au pouvoir, le président n’a toujours pas rencontré les représentants du patronat de presse local, un silence perçu comme un manque de considération. Plus préoccupant encore, le Fonds d’appui au développement de la presse est resté inactif pendant deux années complètes, privant le secteur d’un soutien vital. Des accords contractuels avec l’État ont été brutalement résiliés, tandis que les signaux de plusieurs stations de radio et chaînes de télévision locales ont été coupés, aggravant la fragilité économique et éditoriale de ces entités.
Si la volonté de dialogue constructif entre le chef de l’État et la direction de France Médias Monde est louable pour l’essor d’une information de qualité, cette promesse doit désormais s’étendre à la scène nationale. Les acteurs sénégalais du secteur attendent avec impatience des éclaircissements sur le financement de la presse, le respect des engagements étatiques et la garantie d’une diffusion ininterrompue de leurs médias. Une véritable liberté de la presse implique un soutien équitable et transparent pour tous les acteurs, qu’ils soient locaux ou internationaux.



