Le Sénégal est confronté à une transformation démographique notable, avec une population dont l’espérance de vie s’allonge. Cette évolution, qui voit l’espérance de vie passer de 67 à 69 ans entre 2015 et 2025, soulève néanmoins des questions pressantes concernant la gestion des besoins croissants en soins gériatriques. Cette réalité a été mise en lumière de façon éclatante lors du récent Gamou de Tivaouane, où les efforts de professionnels de la santé ont révélé les vulnérabilités structurelles du système.
Une mobilisation salutaire aux limites évidentes
Lors de l’événement religieux à Tivaouane, une initiative conjointe de la Société sénégalaise de gériatrie et de gérontologie (SSGG) et de Coskas Santé a permis d’assister 356 personnes âgées. Pour cette mission d’envergure, une vingtaine de gériatres et une dizaine d’infirmiers et d’infirmières ont été mobilisés. Ils ont offert des consultations et effectué des visites à domicile auprès des aînés répertoriés par Coskas-santé, tout en menant des séances de sensibilisation sur l’hygiène de vie, la nécessité de poursuivre les traitements pour les malades chroniques et l’application rigoureuse des règles d’hygiène. Ces efforts ont considérablement amélioré les conditions de participation des seniors à la manifestation. Toutefois, le Professeur Mamadou Coumé, président de la SSGG, n’a pas manqué de pointer du doigt un vide dans la structuration des dispositifs spécifiques pour les aînés lors de ces grands rassemblements.
L’urgence d’une stratégie nationale pour les aînés
L’alerte lancée par le Professeur Coumé dépasse largement le cadre du Gamou de Tivaouane. Il insiste sur le fait qu’à la différence du pèlerinage à La Mecque, où des mécanismes dédiés sont en place, les grands événements religieux au Sénégal ne disposent pas encore de cadres prévisionnels pour anticiper et gérer les risques liés à l’âge et aux pathologies chroniques. La docteure Aïssatou Diop, également membre de la SSGG, appuie cette observation, soulignant les « insuffisances » dans la préparation du pays face à l’accroissement des besoins en gériatrie. Cette situation met en exergue l’impératif d’étendre l’offre de soins spécialisés à l’ensemble du territoire national, pour garantir un accès équitable, quelle que soit la localisation géographique. Le Docteur Yakhoba Faye, président de Coskas Santé, a, quant à lui, suggéré d’institutionnaliser des « journées dédiées » aux personnes âgées et de systématiser les visites à domicile, proposant une fréquence trimestrielle ou semestrielle, comme des solutions pérennes.
Les enseignements tirés de l’expérience de Tivaouane représentent une opportunité précieuse. Ils seront intégrés à un rapport détaillé visant à évaluer les soins dispensés et à formuler des recommandations concrètes pour les éditions futures des rassemblements religieux. Au-delà des manifestations cultuelles, cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur la capacité du système de santé sénégalais à s’adapter aux défis d’une population vieillissante, assurant ainsi dignité et qualité de vie à tous ses aînés.



