Alors que le continent s’apprête à fêter la Journée africaine de la Médecine traditionnelle le 31 août, le Sénégal se trouve à la croisée des chemins : la reconnaissance officielle de ses praticiens reste un rêve en suspens, alors même que leurs savoirs nourrissent quotidiennement les communautés rurales.
Un cadre juridique en stand‑by depuis 2017
Un texte de loi destiné à encadrer l’exercice de la Médecine traditionnelle a été validé par le Conseil des ministres le 31 mai 2017. Après que la Cour suprême ait donné son avis, le projet a été acheminé vers l’Assemblée nationale, mais neuf années plus tard aucune promulgation n’est à déplorer. Cette inertie contraste fortement avec les avancées observées dans d’autres pays ouest‑africains, où l’Organisation Ouest‑Africaine de la Santé (OOAS) pousse à une harmonisation des politiques sanitaires.
Parallèlement, le nouveau Code de la Santé, en cours d’élaboration, représente une fenêtre d’opportunité : il pourrait intégrer les principes de base qui régiront les praticiens, même si cela ne remplacera pas une loi dédiée. En attendant, la loi n° 2023‑06 du 13 juin 2023, qui régit les médicaments et les produits de santé, ne couvre pas l’activité des praticiens traditionnels, limitant ainsi la protection juridique des patients et la valorisation des connaissances locales.
Vers une structure autonome pour les praticiens
La cellule actuelle du ministère de la Santé, héritée d’une évolution de Bureau à Division puis à Cellule, a atteint ses limites. Les enjeux scientifiques, sanitaires et économiques exigent aujourd’hui une entité indépendante, capable de coordonner la certification des praticiens, la recherche, la formation et la protection des savoirs. La Fédération Nationale des Praticiens de la Médecine Traditionnelle du Sénégal (FNPMT) devrait jouer un rôle central dans ce dispositif, assurant légitimité et efficacité.
Une organisation pluridisciplinaire, rassemblant santé, recherche, enseignement supérieur, agriculture, environnement, culture et propriété intellectuelle, permettrait de transformer la Médecine traditionnelle d’un simple réservoir de plantes en un pilier de la santé communautaire et du concept One Health. Ainsi, les praticiens deviendraient des acteurs clés de la surveillance des maladies et de l’orientation des patients vers le système conventionnel.
En définitive, la journée du 31 août ne doit pas se réduire à une célébration symbolique. Elle doit devenir le moment où le gouvernement sénégalais s’engage concrètement à doter la Médecine traditionnelle d’un cadre légal solide, à reconnaître ses acteurs et à sécuriser la transmission de son patrimoine. Sans cette décision, le pays risque de perdre un atout majeur pour la souveraineté sanitaire et le développement durable.



