Alors que les communautés côtières dénoncent la raréfaction de leurs ressources, le Parlement sénégalais vient de déclencher une investigation qui pourrait redéfinir les règles du jeu pour les grands opérateurs maritimes.
Une décision unanime qui bouleverse le secteur
Lors de la séance plénière du jeudi, les 129 députés présents ont approuvé à l’unanimité une résolution ouvrant la voie à une commission d’enquête parlementaire. Portée par le groupe PASTEF Les Patriotes et signée par son président Mohamed Ayib Salim Daffé, cette initiative porte sur l’attribution des licences de pêche industrielle depuis l’entrée en vigueur du Code de la pêche maritime de 2015.
Les points durs ciblés par la commission
Les parlementaires souhaitent scruter plusieurs irrégularités suspectées :
- Les tonnages déclarés pour certains bateaux, base de calcul des redevances.
- L’usage de certificats de navigabilité ou d’assurances qui auraient expiré au moment de l’octroi.
- Le recouvrement des amendes en souffrance.
- La consultation éventuelle d’avis scientifiques avant certaines décisions.
- L’implication de la Commission consultative d’attribution des licences, comme prévu initialement.
- Le respect des obligations fiscales des entreprises bénéficiaires et la rigueur des contrôles administratifs.
- La transparence de la liste des navires autorisés à naviguer dans les eaux sénégalaises.
Contexte écologique et pressions communautaires
Cette démarche intervient dans un climat tendu, où la diminution de plusieurs espèces alimente les conflits entre pêcheurs artisanaux et industriels. En mai 2026, la Coalition nationale pour une pêche durable avait réclamé le retrait de nouvelles licences en pêche démersale côtière et le maintien du gel instauré depuis 2006, citant le thiof, la courbine, le poulpe et les crevettes côtières. De son côté, la ministre Fatou Diouf a précisé que seulement deux licences avaient été signées depuis 2024, sur quatre demandes.
La commission sera constituée de onze députés issus de toutes les forces politiques présentes à l’Assemblée. Elle pourra auditionner les ministères concernés, la Direction des Pêches maritimes, la Direction de la Protection et de la Surveillance des Pêches, la Direction des Industries de Transformation de la Pêche, l’Agence nationale des Affaires maritimes, le CRODT, ainsi que des opérateurs privés et des coopératives.
Cette investigation pourrait non seulement clarifier les pratiques passées, mais aussi instaurer de nouvelles exigences de transparence et de conformité, offrant ainsi un souffle d’espoir aux communautés locales qui luttent pour la préservation de leurs ressources.



