Le tribunal fédéral d’Oakland a vu s’affirmer une voix décisive : Arturo Bejar, qui a occupé le poste de responsable de la sécurité des utilisateurs chez Facebook entre 2009 et 2015, puis consultant de 2019 à 2021. Son témoignage vient renforcer les revendications d’une coalition d’une trentaine d’États qui accusent Meta d’avoir masqué la dangerosité de ses plateformes.
Des dispositifs qui échouent dès le départ
Bejar a expliqué que les outils censés limiter le temps passé sur Instagram reposent sur l’initiative de l’utilisateur, un principe qu’il a comparé à « C’est comme s’il fallait activer l’airbag chaque fois qu’on monte en voiture ». Il a souligné que la fonction « faire une pause » ou le « mode silencieux » sont rarement activés, alors qu’un dispositif réellement efficace bloquerait l’accès pendant quinze minutes, afficherait le temps d’écran et aiderait l’adolescent à fixer une limite.
Pour autoriser uniquement les notifications d’un ami, l’utilisateur doit naviguer à travers plus de cinquante boutons répartis sur dix écrans de réglages, rendant le processus décourageant.
Une mise en garde ignorée par la direction
Le 5 octobre 2021, Bejar a envoyé un courriel à Mark Zuckerberg et à trois autres dirigeants, le même jour où Frances Haugen, lanceuse d’alerte, témoignait devant le Sénat. Dans ce message, il indique qu’environ la moitié des utilisateurs d’Instagram signalaient une « expérience négative » au cours de la semaine précédente. Sur un échantillon de dix mille personnes, une centaine ont effectué un signalement, et seulement deux ont vu leur contenu retiré.
Meta, qui revendique 3,6 milliards d’utilisateurs, mesure la performance et les rémunérations sur le temps passé en ligne, affirmant que « tous les chemins mènent au temps passé dans le produit » et que « la sécurité venait toujours après ». En testant des comptes‑tests de mineurs, Bejar a découvert des dizaines de milliers de profils où l’âge affiché était inférieur à 13 ans, malgré l’interdiction officielle pour les moins de treize ans.
Enjeux financiers et légaux
Les États plaignants – Californie, Colorado, Kentucky et New Jersey – réclament près de 200 milliards de dollars de pénalités et exigent une refonte complète de Facebook et d’Instagram. La défense de Meta, menée par l’avocat Brian Stekloff, soutient que la notion d’addiction n’est pas scientifiquement prouvée et que l’entreprise a reconnu publiquement l’existence d’un usage problématique chez certains jeunes.
Le verdict consultatif sera rendu fin septembre ou début octobre, mais la juge Yvonne Gonzalez Rogers tranchera en dernier ressort.
Si les accusations sont confirmées, Meta devra repenser radicalement ses mécanismes de protection, un changement qui pourrait redéfinir la relation entre les réseaux sociaux et leurs utilisateurs les plus vulnérables.



