La scène politique sénégalaise est secouée par une confrontation verbale incisive entre deux de ses figures majeures. Aminata Touré, Superviseure générale de Kiiraay, le parti au pouvoir, a choisi de répliquer fermement aux accusations formulées par Ousmane Sonko, mettant en lumière la gestion des « Fonds Jamm » destinés à la Casamance. L’enjeu dépasse la simple joute oratoire pour se cristalliser autour de sommes considérables, et potentiellement d’une intervention de la justice.
Les Fonds Jamm sous la loupe : entre paix et véhicules d’occasion
Au cœur des débats se trouve un décret datant de 2004, encadrant les fonds pour la paix en Casamance, gérés par le Premier ministre. Aminata Touré a directement évoqué le chiffre de 2 milliards de FCFA, un montant colossal qui aurait été alloué l’année dernière, tandis qu’une autre somme de 1,7 milliard de FCFA a également été avancée. L’ancienne Première ministre n’a pas hésité à détailler certaines dépenses, affirmant que des ressources ont servi à l’acquisition de véhicules d’occasion, dont certains auraient atteint les 25 millions de FCFA l’unité. Elle a également mentionné des travaux de rénovation pour le bâtiment administratif, questionnant ouvertement la corrélation de ces usages avec l’objectif initial de soutien à la paix dans la région. Une transparence qui, loin d’apaiser, semble enflammer davantage le débat.
Un duel politique explosif : Sonko contre Touré
Initialement, Aminata Touré a souligné qu’elle ne réagirait pas à une attaque d’ordre personnel. Cependant, la nature des propos d’Ousmane Sonko, qui, selon elle, ciblaient le président de la République, l’opinion publique et la stabilité étatique, a motivé sa riposte. Elle a ainsi exhorté Sonko à poursuivre sa démarche pour que l’appareil judiciaire puisse s’autosaisir de cette affaire, se disant prête à rendre compte devant les tribunaux de toute accusation la concernant. Cette perspective judiciaire s’inscrit dans un contexte de forte tension politique. Le professeur Demba Guèye interprète d’ailleurs l’action d’Ousmane Sonko non comme une simple quête de vérité, mais comme une stratégie visant à fragiliser Aminata Touré sur l’échiquier politique. Le dossier des fonds politiques se mue ainsi en un épisode crucial de la rivalité entre ces deux personnalités influentes.
Pour pimenter encore le tableau, l’ancienne responsable du Conseil économique, social et environnemental a rappelé des services rendus à Ousmane Sonko durant son incarcération, évoquant des échanges téléphoniques et une requête de protection physique auprès de ses militants contre des individus liés au régime précédent. Ces révélations ajoutent une dimension personnelle et complexe à un affrontement déjà très médiatisé, dont les répercussions pourraient durablement marquer le paysage politique sénégalais.



