Dans un geste lourd de sens politique et spirituel, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, a fait le déplacement à Touba ce jeudi 30 juillet 2026. Accompagné d’une délégation significative de députés et de cadres de Pastef, il a été accueilli par Serigne Mountakha Mbacké, le Khalife général des mourides. Cette rencontre, présentée comme une visite de courtoisie, s’inscrit dans un contexte particulièrement délicat, quelques jours seulement avant le Grand Magal et après une période de vives controverses.
Le modèle Serigne Touba, remède à l’endettement national ?
Face au patriarche, le leader de Pastef n’a pas manqué de rendre un vibrant hommage à Serigne Touba, figure fondatrice du mouridisme. Ousmane Sonko a souligné la grandeur des enseignements, du parcours et de la démarche du guide religieux, affirmant une « joie immense » et une « estime immense ». Plus qu’une simple salutation, son discours a pris une tournure éminemment politique, présentant le modèle du vénéré érudit comme une source d’inspiration pour le patriotisme et la souveraineté économique.
Le président de l’Assemblée nationale a rappelé un épisode significatif de l’édification de la grande mosquée de Touba. Il a évoqué le refus de Serigne Touba d’accepter l’aide des « Blancs » pour la construction, préférant la participation des disciples, chacun à hauteur de 140 francs. Tirant une leçon cinglante de cet héritage, Ousmane Sonko a lancé : « Si l’on avait suivi l’exemple de Serigne Touba, aujourd’hui nous n’en serions pas à empiler les dettes. » Une déclaration qui résonne avec la position anti-endettement prônée de longue date par le mouvement Pastef, offrant une perspective religieuse et historique à ce débat national crucial.
Au-delà des tensions : un pont rétabli ?
Cette visite survient après une période tumultueuse. Le 13 juillet, des déclarations d’Ousmane Sonko lors des « 48 heures de Pastef » à Touba avaient provoqué une indignation notable. Dix jours plus tard, le 23 juillet, le collectif des petits-fils de Serigne Touba avait publiquement interdit l’accès de la ville sainte au leader de Pastef, jugeant ses propos « irrespectueux ». La rencontre avec le Khalife était donc très attendue, symbolisant une tentative de désamorcer les tensions.
Serigne Mountakha Mbacké, de son côté, a exprimé sa satisfaction quant à la démarche, appelant Ousmane Sonko à persévérer dans la voie de la paix et de la concorde nationale. Le départ du président de l’Assemblée nationale de la résidence de Darou Miname s’est fait avec des « valises » dont le contenu n’a pas été divulgué, ajoutant une touche de mystère à cette visite de haut niveau. Reste à savoir si ce rapprochement aura un impact durable sur les relations entre Pastef et la communauté mouride, et si le message de souveraineté économique puisé dans l’exemple de Serigne Touba trouvera un écho favorable au-delà des cercles politiques.



