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Tunisie : « Pourquoi détruisons-nous notre pays ? » Les délestages électriques minent l’économie

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Une vague de consternation traverse la Tunisie, où la répétition des coupures d’électricité jette une ombre inquiétante sur la saison estivale. Au-delà du simple désagrément quotidien, ce sont des pans entiers de l’activité économique qui sont aujourd’hui paralysés, confrontant agriculteurs, artisans et commerçants à des pertes financières colossales. La fiabilité du réseau électrique national, géré par la Steg, est désormais au cœur d’un débat houleux qui met en lumière la fragilité de secteurs vitaux face à des infrastructures sous pression.

L’hécatombe économique : Des exploitations à genoux

Les conséquences directes de ces interruptions de courant se manifestent de manière dramatique dans les campagnes. Près de Tunis, à El Fahs, une exploitation avicole a subi une catastrophe sans précédent. Privées de ventilation et d’eau durant des coupures prolongées, environ 90% des volailles ont péri, représentant entre 400 et 500 tonnes de viande perdue. Le vétérinaire Hamza Bouchrit évalue ce désastre à une somme considérable, estimée à 1,4 à 1,5 million de dinars, soit environ 445 000 euros. Même les groupes électrogènes, conçus pour des pannes brèves, n’ont pu résister à la durée excessive des délestages, surchauffant et devenant inopérants. Un destin similaire a frappé l’éleveur Aziz Bouhejba, qui, contraint de jeter l’équivalent de six jours de traite, a vu 1 200 litres de lait partir en fumée, des « pertes sèches » difficiles à compenser.

Vague de ruine chez les artisans et commerçants

L’impact s’étend bien au-delà du secteur agricole, touchant de plein fouet l’artisanat et le commerce urbains. La saison des mariages et des célébrations, habituellement période faste pour la pâtisserie, est aujourd’hui compromise. Samia Diab, qui préside la Chambre de la pâtisserie, témoigne n’avoir « jamais vécu une telle situation » en quarante ans de carrière. Son atelier à El Menzah est à l’arrêt, et elle a dû se résoudre à jeter d’importantes quantités de pâte à base de fruits secs, en plus de déplorer la panne du moteur de sa chambre froide. Elle regrette amèrement l’absence de préavis de la part de la Steg, qui n’a fourni aucun calendrier précis, empêchant les professionnels de s’équiper ou de prendre des mesures préventives. Certains ont même contracté des emprunts pour préparer l’été, se retrouvant maintenant au bord de la faillite. Le secteur de la poissonnerie est également affecté, avec une flambée du prix de la glace, ce qui a directement fait doubler le coût du poisson, comme le maquereau, selon Mohamed Saddam, président de la Chambre des poissonniers.

Une gestion critiquée, un gouvernement absent

Face à l’ampleur du mécontentement populaire, le Parlement tunisien a tenu une session plénière pour aborder cette crise énergétique, aggravée par la chaleur intense et la consommation accrue due à la climatisation. Cependant, l’absence de représentants gouvernementaux a été vivement fustigée par les députés. Adel Dhiaf a interpellé le pouvoir exécutif, s’exclamant : « Pourquoi détruisons-nous notre pays de cette manière ? », soulignant les pertes subies par les citoyens, des vaches aux 2 500 poulets décimés. La Steg, la compagnie nationale, justifie ces délestages comme une mesure indispensable pour prévenir un « black-out » général, tout en assurant avoir tenté de répartir équitablement les coupures. Pourtant, les faits contredisent cette affirmation, avec des quartiers subissant des interruptions prolongées et souvent imprévisibles, plongeant nombre d’établissements dans l’obscurité.

Cette crise des délestages en Tunisie n’est pas qu’un problème technique ; elle révèle une vulnérabilité profonde des économies locales face aux défis infrastructurels et climatiques. Elle pose la question cruciale de la planification énergétique et de la communication en temps de crise, dont dépendent la subsistance de milliers de familles et la stabilité de secteurs économiques cruciaux. Les appels à la transparence et à des solutions durables se multiplient, alors que la population attend des actions concrètes pour éviter que de futures vagues de chaleur ne se transforment en de nouvelles catastrophes économiques.

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