L’expression « Sa fitna dotou fi naané niéekh », lancée par le Président Bassirou Diomaye Faye lors de la fondation de son mouvement politique, a aussitôt captivé l’attention, générant un flot d’interprétations. Beaucoup l’ont perçue comme un message direct, une pique adressée à un opposant spécifique. Cependant, Babacar Diagne, figure respectée et ancien dirigeant de la Radiotélévision sénégalaise (RTS), appelle à une lecture plus large, exhortant le pays à y reconnaître un impératif institutionnel plutôt qu’une simple manœuvre partisane.
Le défi de l’interprétation partisane
Initialement, ces mots du président ont été spontanément analysés sous l’angle du rapport de force politique. Cette perspective, bien que compréhensible dans un contexte de compétition électorale, masque selon M. Diagne le véritable potentiel de l’assertion. Il suggère que focaliser le débat sur une cible individuelle détourne de l’enjeu essentiel : la consolidation des fondations démocratiques du Sénégal. La question fondamentale n’est pas de savoir qui était visé, mais plutôt ce que ces paroles peuvent signifier pour l’évolution de la gouvernance et le respect des droits des citoyens.
Une promesse d’État de droit pour tous
Pour Babacar Diagne, l’expression « Sa fitna » devrait transcender sa naissance dans la sphère politique pour s’ancrer dans l’héritage républicain. Il propose que ces termes incarnent un rejet catégorique de toutes les pratiques nuisibles à une démocratie saine. Cela inclut l’exercice arbitraire du pouvoir, les abus institutionnels, et tout ce qui entrave les libertés individuelles et collectives. L’objectif serait de garantir que les droits des Sénégalais soient systématiquement protégés par la loi, sans être soumis aux rapports de force ou aux caprices des dirigeants. Cette vision interpelle à la fois la majorité au pouvoir et l’opposition, les invitant à une adhésion commune aux principes inébranlables de l’État de droit.
Quand « Sa fitna » devient l’écho des souffrances passées
L’ancien patron de la RTS donne des exemples concrets des abus qu’une telle promesse devrait éradiquer. Il évoque l’interdiction de voyager sans motif légal clairement établi, l’intimidation ou l’emprisonnement de journalistes et chroniqueurs pour l’exercice de leur métier ou leurs opinions, l’agression de représentants du peuple, le saccage de cabinets d’avocats ou de biens privés, et la répression injustifiée de manifestations pacifiques. Ces situations, malheureusement ancrées dans l’histoire récente du pays et traversant différentes périodes politiques, témoignent des blessures profondes infligées par l’arbitraire, quel que soit le camp qui l’exerce. La victoire démocratique réside non pas dans la substitution d’une forme d’arbitraire par une autre, mais dans sa disparition totale.
En définitive, Babacar Diagne exprime le souhait ardent que les mots du Président Bassirou Diomaye Faye se transforment en une espérance nationale. Si « Sa fitna dotou fi naané niéekh » signifie l’impartialité des institutions, le respect de la Constitution et des libertés publiques, alors cette phrase dépasse les clivages. Elle devient un appel à un renouveau des méthodes de gouvernance, où la force du droit supplante le droit de la force. Seul un engagement collectif à bannir l’injustice, la peur et la perte de confiance dans les institutions permettra au Sénégal d’avancer vers une démocratie plus juste et plus résiliente.



