Alors que la question des enfants talibés et l’apparition de l’utilisation des QR codes dans la mendicité continue d’agiter les débats au Sénégal, une voix s’élève pour inviter à une analyse bien plus nuancée. SÉNE Mamadou Moustapha, élève-maître au CRFPE de Kaffrine et étudiant en philosophie, met en garde contre la tentation des solutions hâtives. Il concède la perspicacité de l’analyse de Dr Khalia Haydara, chercheuse à l’UCAD, concernant la capacité d’adaptation des systèmes d’exploitation structurés. Cependant, il exprime un profond désaccord avec une approche qui réduirait l’enjeu des talibés à une simple question de régulation légale ou de surveillance des daaras. Pour lui, la transformation technologique des méthodes de mendicité n’est qu’un symptôme révélant un problème social bien plus ancré.
Au-delà des instruments : la racine du problème
SÉNE Mamadou Moustapha insiste : le vrai défi n’est pas seulement de retirer les jeunes de la rue, mais d’adresser les causes profondes qui les y poussent. Derrière chaque enfant mendiant se cache une chaîne de facteurs interdépendants : la vulnérabilité économique des familles, l’insuffisance des infrastructures éducatives, le manque de contrôle étatique, et parfois, l’instrumentalisation du fait religieux à des fins lucratives. Selon lui, déplacer un enfant de la rue sans reconstruire son environnement familial, éducatif et social, ne fait que transférer la difficulté sans la résoudre. L’innovation numérique, telle que le QR code, ne constitue pas le problème en soi ; elle met plutôt en lumière l’extraordinaire capacité d’adaptation d’une exploitation ancestrale, détournant l’attention de la véritable question : qui bénéficie de cet argent et comment briser ce cycle systémique ?
Une feuille de route pour une refonte profonde du système
Face à ce constat, SÉNE Mamadou Moustapha propose une stratégie holistique et multidimensionnelle. Premièrement, il est impératif de distinguer clairement l’enseignement coranique, légitime, de l’exploitation infantile. Les pratiques portant atteinte à la dignité des enfants doivent être fermement combattues, sans jeter l’opprobre sur les daaras en tant qu’espaces de transmission du savoir. Deuxièmement, il appelle à la mise en place d’un système national d’agrément et de suivi rigoureux des daaras. Chaque établissement devrait être identifié, localisé et faire l’objet d’inspections régulières, avec une obligation de traçabilité pour chaque élève. Les responsables coupables d’abus devront rendre des comptes, mais cet encadrement doit être soutenu par des moyens adéquats.
Troisièmement, une professionnalisation et un financement approprié des écoles coraniques respectueuses des droits de l’enfant sont nécessaires, par le biais d’un programme national exigeant des cahiers des charges précis en matière de sécurité, d’hygiène, d’alimentation et d’encadrement pédagogique, bannissant toute forme de mendicité forcée. Quatrièmement, la promotion des établissements coraniques de proximité ainsi que du régime d’externat permettrait aux enfants d’acquérir les enseignements religieux tout en restant auprès de leur foyer. Cinquièmement, il est crucial de s’attaquer à la précarité parentale par des mesures d’aide sociale, de bourses familiales et de formation professionnelle. Enfin, une collaboration transfrontalière est essentielle pour identifier et rapatrier dignement les enfants provenant des pays limitrophes.
En somme, la vision défendue par SÉNE Mamadou Moustapha transcende les réponses ponctuelles pour viser une refonte complète. Il ne s’agit pas simplement d’arracher l’enfant à la rue, mais bien d’« arracher la rue à l’enfant », nécessitant un engagement politique fort, combinant la force de la loi, de l’éducation, de la protection sociale et de la responsabilité familiale. C’est le prix à payer pour bâtir une société où la dignité de chaque jeune est une priorité inconditionnelle.



