500 000 en 2012 et 1 million en 2019: Macky Sall face au défi de l’emploi des jeunes

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Le défi de  l’emploi des jeunes, pris dans un chômage chronique, a toujours survécu aux régimes qui se sont succédé au Sénégal. Pourtant, la lancinance de la question est telle que les candidats à la présidentielle ont toujours surfé sur la vague agitée du chômage des jeunes. Malgré les promesses faites en 2012, et réaffirmées en 2019, le président Macky Sall et son régime peinent à trouver des solutions pérennes à la question de l’emploi des jeunes.

La récente crise sociale au Sénégal a remis au goût de l’actualité la centralité de la question de l’emploi des jeunes. Durant les sorties qui ont succédé aux manifestations, les autorités ont mis l’accent sur la dèche de la jeunesse pour expliquer la vague de colère qui a déferlé dans les rues de Dakar. Refusant de lier cette exposition de colère à la détention d’Ousmane Sonko, leader de Pastef, les officiels sénégalais ont surtout réussi à faire des confessions qu’ils ont voulu réfuter pendant longtemps.  La vérité a fini par jaillir de leurs interventions, et elle reste ceci: les jeunes sont en manque criant d’emplois.

Sur France 24, le ministre de la justice a convoqué l’inactivité des lutteurs pour trouver réponse à la question du pourquoi des manifestations. De même, dans une adresse à la nation qui aura précédé les  sorties de ses  ministres, le président Macky Sall a placé le curseur sur l’oisiveté des jeunes qui peinent à trouver le diable pour lui tirer la queue. Il dégage ainsi une enveloppe de 300 milliards FCFA en enjoignant son ministre de la jeunesse et de l’emploi d’accélérer la cadence pour soulager la souffrance de cette frange de la population. Tout ceci consiste en un aveu d’échec par rapport aux promesses d’emplois que le régime tient depuis 2012.

500 000 emplois en 2012, un objectif jamais atteint

Au crépuscule de son premier mandat, le constat sur la politique de l’emploi de Macky Sall laissait apparaitre un passif entre ce qui avait  été prévu et ce qui a pu être réalisé. Malgré les 100 milliards FCFA injectés dans la mise en place des programmes de développement communautaires (PRODAC), la création du corps des Agents de sécurité de proximité (ASP) et autres projets phares le chômage des jeunes n’a pas pu être absorbé de façon significative.  C’est ainsi que pour absorber le très fort taux de chômage que l’Etat avait décidé de mettre en place, en 2017, la Délégation à  l’Entreprenariat Rapide (DER). Il s’agissait d’accompagner les porteurs de projets, de les financer et de tabler sur la création d’emplois par ces PME,  GIE,  ou start-ups. Toutefois, la DER est en quelques sortes un réel flop, et ceux qui ont bénéficié d’investissements n’ont même pas retourner l’argent public qui leur était alloué. On se rappelle le recours à la police par la délégation pour entrer en possession de ses fonds.

Nombre d’emplois comptabilisés dans les chiffres officiels, lesquels faisaient état de la création de 411 000 emplois en 2018, sont en réalité des saisonniers et des boulots à courte durée. Dans les chiffres officiels que  le gouvernement de Macky Sall avait  donné comme réalisation de la promesse de 500 000 emplois, il faut préciser que les postes décents  et acceptablement rémunérés ne sont pas nombreux. Comment peut-on considérer un boulot rémunéré à 50 000 FCFA comme un emploi décent? Les agents de l’ASP par exemple peinent à tirer leur épingle du jeu. Ils ne sont pas les seuls, puisque durant le premier mandat de Sall, les  enseignants, les agents de santé, les travailleurs de la justice dans une moindre mesure ont rué dans les brancards pour dénoncer des conditions de travail et sociales des plus inacceptables.

1 million d’emplois en 2019: deux  ans après…

En campagne électorale en  2019, le  président Sall avait annoncé lors d’un meeting dans la banlieue, la création d’un million d’emplois. Un énorme défi consistant à réaliser en 5 ans le double de ce qu’il n’a pas pu faire en 7 ans. Deux ans après, la situation des chômeurs au Sénégal reste alarmante. La  population active reste dominée par  l’oisiveté et beaucoup de jeunes diplômés font le tour des entreprises à la recherche, non pas d’un travail, mais d’un stage qui ne vient jamais. Aussi bien le secteur public que privé ne s’illustre comme une option sérieuse pour les jeunes sortants des écoles de formation qui  grouillent dans le marché de l’emploi. Beaucoup sortent mais peu réussissent une entrée dans le marché de l’emploi.

Une preuve que la politique de l’emploi est un échec cuisant est les nombreuses  sorties du président rappelant ses  services à une meilleure implication pour fournir du travail aux jeunes. La Der et le ministère de la jeunesse n’ont pas été à la hauteur de répondre aux attentes du président de la République. Avant hier, la même Der s’est vu démentie par des personnes qu’il a dit avoir financé lors d’une réunion à Pikine. Un membre du Conseil de la jeunesse et le représentant de l’ODCAV ont réfuté que les jeunes et les ASC ont encaissé la somme annoncée par la Der. D’ailleurs, ils ont affirmé haut et fort qu’ils n’ont vu aucun sou annoncé par les responsables à qui la gestion de cet outil de financement est confiée.

Avec l’avènement du covid-19, les officiels lient l’augmentation du taux de chômage à  la pandémie; ce qui n’est pas totalement faux.  Nombre d’activités, notamment artistiques, culturelles,  et sportives ont été négativement impactées. Mais ce serait réducteur de tout justifier par le covid-19. Il faut surtout reconnaitre  que les agences d’emplois, crées depuis Wade, n’ont jamais fourni  l’effet escompté. Aucune politique réelle et efficiente de création d’emploi n’a été établie jusque-là. A une question structurelle, ces agences répondent par des mesures conjoncturelles.

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