Algérie : les détails de « l’affaire Naïma Salhi », l’ex-députée proche d’Abdelaziz Bouteflika

0
135

La justice a décidé de relancer l’instruction de la plainte pour incitation à la haine raciale et appel au meurtre déposée en 2019 contre l’ancienne députée et présidente du Parti de l’équité et de la proclamation. Explications.

La plainte qui visait Naïma Salhi-Laghlimi, 54 ans, avait été gelée en raison de son immunité parlementaire, qui la mettait à l’abri de poursuites judiciaires. Cette protection a été levée à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 21 février. Le procureur de la République près le tribunal de Chéraga a ainsi décidé de réactiver la procédure. Naïma Salhi-Laghlimi sera très prochainement convoquée.

LA PARLEMENTAIRE LAISSAIT RÉGULIÈREMENT DES MESSAGES PERSONNELS SUR LE RÉPONDEUR D’ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

L’ancienne députée de la circonscription de Boumerdès (située à 40 kilomètres à l’est d’Alger) a longtemps été proche de responsables de l’ancien régime. A-t-elle bénéficié d’une protection politique ? La parlementaire laissait régulièrement des messages personnels sur le répondeur du domicile d’Abdelaziz Bouteflika à El-Biar, lorsque ce dernier était président.

Lenteur de la procédure

Le 9 juin 2019, les avocats Kader Houali et Soufiane Dekkal ainsi que l’activiste politique Salim Chaït se sont présentés devant le procureur du tribunal de Boumerdès pour déposer une plainte contre Naïma Salhi pour « incitation à la haine raciale et appel au meurtre », relayés selon eux par des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et dans des déclarations sur les plateaux de télévision.

Un mois après l’enregistrement de la procédure, le magistrat a adressé une correspondance au commissariat central de Boumerdès pour demander un complément d’enquête. Les conclusions de la police judiciaire ont indiqué que Salhi ne résidait pas dans la commune et n’y avait jamais habité, en dépit du fait qu’elle y avait été élue en mai 2017 sous la bannière de son parti.

« Le procureur ne peut pas diligenter une enquête sur un citoyen qui ne réside pas dans la circonscription où il est censé être inscrit », explique une source proche du dossier. Fin juillet 2019, le dossier a alors été transmis au tribunal de Chéraga, ville où elle vit effectivement. Le procureur étant alors en congé, il a fallu attendre le mois de septembre pour qu’il accepte de recevoir les trois plaignants, inquiets devant la lenteur de la procédure et supposant que l’élue bénéficiait de protections.

Dans son bureau, le magistrat leur a assuré que l’instruction était toujours en cours, bien que l’ex-députée bénéficie encore de l’immunité parlementaire. En janvier 2021, un nouveau complément d’enquête sur son état-civil a été demandé à la gendarmerie de Chéraga, qui a convoqué les plaignants trois mois plus tard.

Discours de haine

Les gendarmes ont confirmé que la plainte avait bien été instruite. En vertu de la loi relative à la prévention et à la lutte contre la discrimination et le discours de haine entrée en vigueur en avril 2020, l’élue risque une lourde peine de prison. L’article 32 de ce texte stipule notamment que « le discours de haine est passible d’une peine d’emprisonnement de trois à sept ans et d’une amende [allant] de 300 000 à 700 000 dinars [d’environ 1 900 à 4 400 euros], s’il comprend l’appel à la violence ».

EN JUIN 2019, ELLE APPELAIT AU MEURTRE DE FERHAT MEHENNI SUR FACEBOOK

Très présente sur les réseaux sociaux, Naïma Salhi-Laghlimi est coutumière des déclarations aux relents raciaux et haineux. En juin 2019, elle avait posté un message sur sa page Facebook dans lequel elle appelait au meurtre de Ferhat Mehenni, un ancien chanteur exilé, leader d’un mouvement qui prône l’indépendance de la Kabylie.

Et au lendemain du décès d’Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense emporté en décembre 2019 par une crise cardiaque, elle a récidivé – dans une vidéo cette fois – en s’en prenant violemment aux Kabyles, qu’elle a accusés d’être des traîtres à la nation et des « juifs de la pire espèce ».

La justice a déjà sévi contre un activiste islamiste qui avait appelé au meurtre du journaliste Kamel Daoud. En mars 2016, le tribunal d’Oran avait condamné l’imam Abdelfattah Hamadache Ziraoui à six mois de prison, dont trois ferme, pour avoir demandé l’exécution de l’écrivain pour « apostasie ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici