Écoutes et espionnage téléphonique au Sénégal / Une pratique sous le feu des radars : Outils de dissuasion ou élément redoutable contre les infractions ?

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Les écoutes téléphoniques sont aujourd’hui une actualité qui défraie la chronique au Sénégal depuis le déclenchement de l’affaire dite « Ousmane Sonko-Adji Sarr ». Certaines langues se sont déliées pour affirmer que les citoyens sénégalais sont écoutés par les forces de l’ordre. Ainsi la question des écoutes n’a jamais été aussi agitée que pendant cette période, justifiant que l’on s’y penche pour savoir si on nous écoute vraiment. Si oui, pourquoi et quelles sont les limites appliquées par la loi à cette pratique.

Et si votre vie privée ne tenait qu’à un fil, c’est tellement facile de mettre une personne sur écoute avec certains appareils téléphoniques. Certains sénégalais croient savoir qu’ils sont écoutés par les services de renseignement de l’État au point que nombre d’entre eux sont devenus prudents et ne veulent pas aborder certains sujets avec leurs interlocuteurs par téléphone. Un agent commercial interrogé sur la question des écoutes téléphoniques avoue qu’il a été  lui-même victime de ces pratiques et ne connaît pas les raisons, ni les soubassements. 

« J’ai effectivement soupçonné qu’on interceptait mes appels téléphoniques pendant plusieurs mois. Chaque fois que j’émettais un appel, je me rendais compte qu’il y avait un bip sonore qui entrait et un petit brouillage durant toute la durée de la communication. » Il déclare que c’est ce qui a attiré son attention. Pour en avoir le cœur net, il a informé un ami,  ingénieur en télécommunication, du constat qu’il a fait. Ce dernier avec ces manœuvres techniques lui a effectivement confirmé l’écoute téléphonique dont il faisait l’objet. Il lui a montré le système pour désactiver l’écoute. « Quand j’ai effectué mon premier appel, je n’ai pas entendu le bip et les voix de mes interlocuteurs étaient limpides », laisse-t-il entendre.

« La mise sur écoute téléphonique est encadrée »

Par contre, un homme politique assez connu des médias par ses interventions, lui, déclare qu’il ne se doute de rien et que même s’il est écouté cela ne le dédouane pas de passer son message dans son téléphone et de discuter de tous les sujets qu’il voudrait. «  Je connais mes droits et je suis assez responsable pour contrôler et maîtriser ce que je dis dans mon appareil, » fait-il savoir ouvertement.

Il ajoute de manière ferme. « Je ne me fie pas que si je suis écouté ou pas. Il y a des appels qui concernent ma vie privée et je ne pense que cela intéresse  les gens qui écoutent. Je ne suis ni délinquant, ni malfrat, ni terroriste. »

Mountaga Cissé, Consultant et Formateur en nouveaux médias, estime qu’une écoute téléphonique est possible sur un réseau de téléphonie. Toutefois, cela doit se faire en respectant les normes. Et cette pratique n’est pas aussi simple que les gens le pensent. Du point de vue légal au Sénégal, le Code des Communications électroniques dit clairement que « la mise sur écoute téléphonique est encadrée ». Ce qui veut dire que la police, la gendarmerie et même les magistrats ne peuvent pas du jour au lendemain mettre sur écoute un ensemble de sénégalais d’où la surveillance de masse. « Cette pratique est interdite par la loi. Concernant la surveillance spécifique d’une personne qui fait l’objet d’une enquête, le magistrat indépendant peut requérir une mise sur écoute du téléphone de cette dernière », a-t-il précisé. 

Mountaga Cissé, Consultant et Formateur en nouveaux médias

Ecoute téléphonique via un réseau classique de téléphonie

Toutefois, M. Cissé indique que l’écoute téléphonique faite via un réseau classique présent au Sénégal n’est pas une chose facile. Il est très difficile d’écouter une conversation via whatsapp. Parce que, explique le formateur, les communications sur ce réseau sont cryptées de bout en bout. Pour le décrypter, il faut une clé de décryptage dont tout le monde ne dispose pas. Même les créateurs de whatsapp ne peuvent pas nous écouter techniquement. 

Comment certaines personnes sont écoutées ?

Écouter une personne peut se faire de différentes manières. Il s’agit d’une requête faite par un magistrat indépendant. Et dans ce cas le juge peut demander à l’opérateur qui fournit le service de donner la possibilité à l’enquêteur de mettre un dispositif qui va mettre sur écoute le numéro qui a été identifié. Ou bien de mettre un dispositif technique matériel qui contourne le dispositif du régulateur. « Dans certains états dictatoriaux, il peut y avoir du matériel que certaines entreprises vendent certainement dans la presse internationale. Il y a des entreprises comme « NSO » qui est une entreprise israélienne, spécialiste des logiciels espions au parfum sulfureux. Cette structure accompagne des gouvernements dans la mise en œuvre de ces types de plateforme. 

« Par exemple, en octobre 2019 WhatsApp avait déposé plainte contre NSO group, une entreprise israélienne à la réputation sulfureuse, spécialisée dans les logiciels d’espionnage. La messagerie cryptée de Facebook accuse NSO de l’avoir piratée pour espionner des défenseurs des droits humains et journalistes »

Le consultant révèle que les enquêteurs peuvent créer des logiciels qu’ils installent sur un réseau qui se trouve non loin de la personne pour capter le signal de son téléphone. Et chaque fois, vous émettez un appel, il est intercepté et écouté par les personnes qui vous ont mis sur écoute. Il y a un autre moins technique qui est le fait d’envoyer un message simple ou sur email, sur whatsapp sur lequel il y a un virus, c’est-à-dire un cheval de Troie, une application que vous ne verrez pas. Et dès que vous l’ouvrez sur votre téléphone ce logiciel va ouvrir une communication sans que vous ne vous en rendiez compte. 

À l’origine, cette question a été soulevée par le leader du Parti Pastef / Les-Patriotes dans une déclaration concernant l’affaire du viol présumé dans laquelle il est empêtré, accusant le gouvernement de Macky Sall de l’avoir mis sur écoute. Ousmane Sonko s’exprimait en ses termes : 

« J’interpelle notre police nationale. Ce qui s’est passé ici à mon domicile le jeudi 25 février 2021 est inadmissible. C’est-à-dire qu’on déploie les moyens les plus sophistiqués de l’État pour venir espionner un adversaire politique ».

Une situation qui a poussé bon nombre de sénégalais à se poser des questions sur cette pratique de l’État et de la police sénégalaise. 

En effet, la question des écoutes téléphoniques n’est pas spécifique au Sénégal. Cela existe dans tous les pays. Par exemple en France, l’ancien président de la France,  Nicolas Sarkozy, a été condamné dans l’affaire des  »écoutes ».

« L’ancien président de la République française a été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme, par le tribunal correctionnel de Paris, lundi 1er mars. Il a fait appel de cette décision ».

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