Dans les années 60, les Etats-Unis envoyaient des hommes sur la lune, mais sur terre, leurs citoyens afro-américains, de fait des citoyens de seconde zone, partaient en croisade pour exiger des libertés civiques. En 2020, SpaceX envoie des hommes dans l’espace, les Afro-américains sont encore dans la rue pour crier «Black lives matter» à savoir, la vie des Noirs compte. Dans les années 60, le «bruit et la fureur», comme l’avait écrit le français Jacques Portes, avait pour objectif la liberté, sous-entendue, une égalité avec les Blancs. Avoir les mêmes droits de citoyens que les White anglo-saxons protestants (Wasp). En 2020, l’objectif demeure l’égalité, sous-entendue une égalité devant la justice. Avoir la même justice pour tous les citoyens. «Black lives matter» veut dire qu’on ne peut plus accepter que la vie de Georges Floyd soit aussi peu considérée que celle de Emett Till, à l’époque où l’on pouvait impunément lyncher un Noir sous prétexte qu’il avait regardé ou sifflé une femme blanche. Ce combat qui était pour la liberté dans les années 50-60, est devenu un combat pour la justice.
Un combat pour que l’Amérique se conforme à ses valeurs proclamées, à sa «destinée manifeste» proclamée, à son «impérialisme de liberté». Le «Black lives matter» trouve sa source dans la déclaration d’Indépendance des Etats-Unis, quand les pères fondateurs inaugurent un «impérialisme d’universalisation de la liberté», mais excluent les esclaves de l’universel, en estimant qu’ils n’étaient pas concernés par les idéaux qu’ils venaient de proclamer urbi et orbi. En fait, la question s’était posée, mais les pères fondateurs ont préféré refiler la patate chaude de l’esclavage et de la liberté aux autres générations pour éviter la division de l’union naissante. La question sera tranchée par la guerre de sécession et ses milliers de morts. Malgré la proclamation de Lincoln qui libéra les esclaves, une certaine Amérique blanche entra en résistance en instituant l’apartheid légal du «separate but equal» jusqu’à la révolution des droits civiques dans les années 60. Cette Amérique blanche, cette Amérique du Klu Klux Klan, cette Amérique de l’extrême-droite blanche, cette Amérique de Timothy Mc Veigh, du terrorisme intérieur, n’a jamais désarmé. Elle s’était fait plus discrète, mais plus radicale sous Obama, avant que Trump ne libère la parole raciste en fermant la page du politiquement correct et en se comportant, non pas comme le Président des Etats-Unis, mais comme le gouverneur raciste de l’Alabama, Georges Wallace.
Il y a aussi une autre nouveauté de taille. Dans les années 60, on était dans les balbutiements de la télé en noir et blanc, alors qu’aujourd’hui nous sommes à l’ère du Big Brother, non pas de l’Etat, mais des réseaux sociaux. Un meurtre en direct peut difficilement rester impuni. Ce qui n’était pas le cas dans les années 60, quand seuls quelques Blancs avant-gardistes des «freedom summers» soutenaient la cause des Afro-américains, alors qu’aujourd’hui le combat est national. Trump a bel et bien compris que l’Amérique du gouverneur Wallace est révolue. Son comportement anachronique est volontaire. C’est une stratégie politique et électoraliste pour accentuer le clivage identitaire pour les élections de novembre. Un pari très risqué.

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