Le mardi 3 novembre, à 10 heures, l’hémicycle sénégalais sera le théâtre d’une confrontation décisive. Les députés sont appelés à se prononcer une troisième fois sur le projet de loi de finances rectificative pour l’année 2026. Cette nouvelle tentative intervient après que le texte a été rejeté à deux reprises en commission, révélant des tensions politiques persistantes et des divergences profondes concernant les orientations budgétaires du pays.
Un équilibre financier bousculé par la réalité économique
Le projet de loi n° 40/2026, dont l’ordre du jour a été fixé par le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, le 30 octobre, propose une refonte significative des prévisions financières de l’État. Les recettes initialement estimées à 6 188,8 milliards de francs CFA sont désormais ramenées à 5 848,7 milliards. Simultanément, le déficit budgétaire s’alourdit considérablement, atteignant 1 735,2 milliards, ce qui représente une part alarmante de 7,6 % du Produit Intérieur Brut. Ces chiffres soulignent non seulement des ajustements comptables nécessaires, mais aussi une fragilité accrue des finances publiques.
Ce contexte financier délicat place le gouvernement et la majorité parlementaire dans une position délicate. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a publiquement exhorté le Pastef, qui détient une majorité écrasante de 130 des 165 sièges de députés, à accorder son appui à ce budget révisé, qu’il juge crucial notamment pour les relations avec le FMI.
Les conditions du Pastef face aux inquiétudes de l’Exécutif
L’enjeu ne se limite pas à une simple approbation technique. Le Pastef, bien qu’il ne s’oppose pas au principe même d’une révision budgétaire, conteste fermement certains arbitrages financiers, les modalités de leur mise en œuvre et les garanties offertes au Parlement. Le soutien du parti majoritaire est conditionné par la satisfaction de cinq exigences précises, sans lesquelles le vote favorable semble compromis. Lors des discussions en commission le 30 octobre, les débats ont notamment porté sur la nature des recettes attendues, la direction des investissements publics et la nécessité de maintenir les subventions énergétiques.
Face à cette impasse, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a affirmé avoir fourni des réponses exhaustives aux questions des députés. Il a également mis en garde contre les risques d’une incertitude budgétaire prolongée, soulignant que celle-ci pourrait sérieusement entraver la mobilisation de futurs financements pour l’année 2026 et accentuer les pressions sur la trésorerie déjà tendue de l’État. Cette alerte fait écho à la demande du ministre chargé des Finances, Cheikh Diba, le 27 octobre, qui avait sollicité un renvoi du projet en commission pour poursuivre les concertations.
La séance plénière du 3 novembre s’annonce donc comme un moment de vérité pour la politique sénégalaise. Elle devra arbitrer entre les positions du gouvernement et les réserves de sa propre majorité parlementaire, dont l’adhésion est absolument nécessaire pour valider la nouvelle trajectoire budgétaire et assurer la stabilité économique du Sénégal.



