Une vague de blocages administratifs frappe la diaspora sénégalaise, transformant des projets de vie en impasses bureaucratiques. Le Collectif des victimes de remplacement d’identité a réuni plusieurs témoins dont les récits dévoilent l’ampleur du problème.
Des dossiers paralysés dès le consulat
Mouhamadou Lamine Sy, 31 ans, raconte que son parcours s’est heurté à un mur en 2024 lorsqu’il a tenté de renouveler son passeport à Madrid. Après la soumission du dossier, la Direction de l’automatisation des fichiers a détecté un second dépôt sous le même nom, ce qui a suspendu la délivrance du nouveau document. Sans passeport, les démarches pour le titre de séjour se sont compliquées, affectant immédiatement son emploi.
Dans un autre cas, Ngoné Ndiaye, 23 ans, a vu sa demande de carte d’identité rejetée en avril 2025, le système signalant son numéro d’enregistrement comme un doublon. Les rendez‑vous successifs ont généré des frais de dossier, de transport et de formalités, tout en la privant d’une pièce d’identité indispensable pour travailler.
Conséquences économiques et sociales
Les victimes évoquent des pertes financières importantes. Sy indique avoir versé 2,4 millions de francs CFA à des intermédiaires qui promettaient de débloquer sa situation, argent qui n’a jamais abouti à une résolution. De retour au Sénégal, il a dû enregistrer son commerce automobile au nom de sa mère et solliciter l’aide de sa sœur pour les opérations bancaires, faute de documents personnels utilisables.
Le père de Pape Demba Diop décrit le cas de son fils, Mamadou Maurice, 28 ans, qui n’a jamais reçu de carte d’identité à la majorité malgré la présentation de pièces familiales. Une décennie plus tard, l’absence de ce document limite toujours l’accès à l’emploi, aux voyages et à la prise en charge du foyer. Le père refuse d’utiliser des faux papiers, soulignant le dilemme moral imposé aux jeunes sans identité officielle.
Le 7 juillet 2026, Me Patrick Kabou a confirmé que plus de 100 Sénégalais se trouvent bloqués en Occident, victimes d’anomalies dans les registres civils.
Face à ce constat, les associations réclament une révision urgente des procédures de vérification et une meilleure transparence des services consulaires, afin d’éviter que d’autres citoyens ne subissent les mêmes entraves.
Une réforme structurée pourrait restaurer la confiance des Sénégalais à l’étranger et garantir que leurs droits fondamentaux, comme la liberté de circulation et l’accès à l’emploi, ne soient plus conditionnés par des erreurs administratives.



