Le projet « FIFA Forward Enterprise », ambitieux mais fortement décrié, a finalement été mis au placard début août 2025. Cette volte-face de la Fédération internationale de football, menée par Gianni Infantino, n’est pas le fruit du hasard mais l’aboutissement d’une fronde grandissante, dont la défection retentissante de Carlos Cordeiro, l’un des plus proches collaborateurs du président de la FIFA, fut un catalyseur décisif. L’idée de céder des parts des compétitions phares à des investisseurs privés a ainsi été enterrée face à une opposition unanime.
La rupture fracassante d’un proche conseiller
C’est fin juillet 2025 que Carlos Cordeiro, figure influente et principal conseiller de Gianni Infantino, a claqué la porte avec effet immédiat. Sa décision a été motivée par un désaccord profond et « sans équivoque » avec la vision du « FIFA Forward Enterprise ». L’ancien président de la Fédération américaine de football (US Soccer) ne pouvait concevoir la création d’une structure commerciale destinée à ouvrir le capital des tournois phares de la FIFA aux capitaux privés. Dans sa missive de départ, Cordeiro n’a pas mâché ses mots, qualifiant l’initiative de « nuisible pour le football » et dénonçant l’opacité autour des futurs bénéficiaires et de la gouvernance. Il a martelé avec force : « Je ne peux rester les bras croisés alors que la FIFA envisage de vendre une partie de la Coupe du monde ».
Un front uni contre la commercialisation
Cette démission n’était que la pointe de l’iceberg d’un mouvement de contestation bien plus large qui menaçait de paralyser les instances du football mondial. Le projet, qui visait à attirer jusqu’à 4,2 milliards de dollars en cédant jusqu’à 20 % des parts des compétitions, avait déjà provoqué un tollé général. L’UEFA avait clairement signifié son intention de boycotter les compétitions orchestrées par la FIFA si une telle manœuvre était mise en œuvre. Des voix dissonantes s’étaient également élevées du côté de la Concacaf et de la Confédération asiatique (AFC), qui avaient exprimé leur vive opposition à cette orientation jugée dangereuse.
La CAF, entre prudence et opportunité africaine
Sur le continent africain, la Confédération africaine de football (CAF) a adopté une posture plus nuancée, tout en restant vigilante. Après l’annonce du projet, elle avait indiqué qu’une réunion de son Comité exécutif serait nécessaire pour « examiner et évaluer » l’initiative en profondeur. Si elle n’a pas rejoint le front de l’opposition directe comme d’autres confédérations, la CAF avait néanmoins manifesté un intérêt pour l’accroissement des ressources destinées au développement du football en Afrique. Cette position, bien que non explicitement hostile au projet, reflétait une volonté de s’assurer que les intérêts africains soient pris en compte, potentiellement via des bénéfices accrus pour le développement du sport sur le continent.
Face à ce rejet généralisé et la pression exercée, notamment par le départ choc de son conseiller, Gianni Infantino a été contraint de battre en retraite. Le 1er août 2025, la FIFA officialisait l’abandon définitif du « FIFA Forward Enterprise ». Dans un communiqué, Infantino lui-même a concédé que l’initiative avait « engendré des divisions qui ne servaient plus l’objectif initial ». Cet épisode marque un revers significatif pour le président de la FIFA et souligne la difficulté de réformer en profondeur le modèle économique du football mondial sans l’adhésion de ses principales parties prenantes.



