La question du rapatriement des émigrés clandestins, dès leur arrivée sur le sol occidental en contrepartie d’une somme de 39 milliards de francs en faveur des gouvernements sénégalais, ivoirien et burkinabé, est mal perçue au niveau de l’organisation de défense des migrants. Pour Babacar Sèye, président de l’ONG Horizon Sans Frontière, il s’agit là encore d’argent que vont se partager nos dirigeants au détriment de la jeunesse ravagée par le désespoir.

A en croire l’humanitaire, la faute incombe à l’Union Européenne qui pense qu’on peut régler une crise migratoire avec de l’argent. « Il faudrait que l’Europe se remette en cause  au lieu  de  se  barricader  avec  de  nouvelles normes juridiques et politiques. Parce qu’on parle de coresponsabilité Europe-Afrique et ils sont en train de violer les droits internationaux en foulant du pied les conventions », explique le patron de d’Horizon Sans Frontière qui déplore le fait que le mode de gestion de la crise soit exclusivement réservé aux pays européens qui dictent leurs lois. Le droit international peine à trouver une solution juridique appropriée. Les règles existantes sont inadaptées et insuffisantes

Le silence de l’Etat …
L’autre désolation de Babacar Sèye au sujet de la crise migratoire qui secoue le pays, c’est l’absence de communication de l’Etat qui, selon lui, pose un véritable problème. « Et ça, au niveau de l’ONG Horizon Sans Frontière, nous le regrettons. Le fait que l’Etat ne se prononce pas, n’ait pas voulu accompagner les familles dans la souffrance  ou encore n’ait pas voulu décréter un  jour de deuil national à la mémoire de ces disparus. C’est comme du mépris à l’égard de ces migrants et particulièrement  de  toutes  familles  endeuillées  !  », s’insurge l’humanitaire dans les colonnes du journal.

Cela dit, M. Sèye reste persuadé que l’émigration est pour les Africains une façon de fuir les tensions internes liées au chômage. D’ailleurs, justifie-t-il, « c’est ce qui explique le silence de l’Etat. Ce silence est l’expression de son échec concernant la prise en charge de cette question. C’est pourquoi, il faut oser parler de l’échec de l’Etat dans  la  problématique  liée  à  l’emploi  des jeunes. Cette jeunesse se tue en Méditerranée à cause du manque d’emplois et surtout du manque d’espoir ». Et pour parer décisivement à ce fléau, le président de l’ONG Horizon Sans Frontière invite à un changement de paradigme dans les politiques publiques. « L’Etat doit se remettre en cause. Il faut construire ce pays sur la base d’une expertise avérée. Or, le Sénégal regorge de cadres dans tous les domaines. Aujourd’hui, la solution  c’est faire de cette jeunesse une priorité, du point de vue socio-culturel. On doit œuvrer pour une relecture  des  perspectives,  faire  une  révolution socio-culturelle. Il faut mettre les gens dans une dynamique de travail. Il faut revoir notre système éducatif, aller vers un autre modèle. La faille, c’est au niveau économique et il faut tout reconstruire »,  exhorte Babacar Sèye.

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