Les boues de vidange sont déversées dans la nature sans traitement, à Yamoussoukro. Elles ne sont pas transformées en électricité, ni en engrais organiques. Les principaux acteurs, les vidangeurs, ne se frottent pas les mains. La ville fondée par le président Félix Houphouët-Boigny attend toujours ses premiers ouvrages d’assainissement dignes de son statut de capitale économique et administrative de la Côte d’Ivoire.

Une tache noire sur la splendeur de la verdure. Le site sauvage de dépotage, à la sortie de la ville, sur la route de Sanfran, est à un kilomètre du Centre-ville. Il est au milieu d’une cocotterie entourée d’arbres et
d’arbustes. Le site est particulièrement idyllique ce jour. Le soleil et les nuages se livrent à une chassée croisée au-dessus de nos têtes. Tantôt, le soleil se cache derrière les nuages. Tantôt il apparaît. Cette réapparition et disparition donnent une variance de la luminosité.
Quelques minutes après notre arrivée, on entend un vrombissement d’un camion. Le conducteur accélère pour ne pas s’enliser. Le sentier sinueux est boueux. Le camion-citerne bleu arrive. Il vire. Il fait marche arrière. Un apprenti saute du camion et dévisse le couvercle d’un bout du tuyau d’évacuation situé à l’arrière et en bas de la citerne. L’eau noirâtre sort sous pression à travers l’orifice et inonde une des nombreuses excavations, réceptacles des boues. Le rejet s’écoulera par gravitation pour rejoindre là-bas, les bas-fonds où l’on pratique de la riziculture. Ce dépotage, pour les services compétents de Yamoussoukro, est le moindre mal. Cela transparait à travers le message d’un membre de la commission environnement de cette municipalité. « Auparavant, il y avait plusieurs sites de dépotage sauvage. Depuis 5 ans que ce site a été retenu, c’est ici que tous les camions-vidangeurs font le dépotage », informe Martin Kouacou.
Son discours porte le message de la préservation de l’environnement. Sur le site, ces jeunes n’ont que le souci d’améliorer leurs revenus. L’un des apprentis, Mamadou Sangharé se précipite pour serrer le couvercle. L’insouciance de jeunesse luit sur son visage perlé de sueur. « Je peux gagner jusqu’à 2.000 à 3.000 FCfa par jour », confie le bonhomme. L’activité n’est pas si attractive. Mais c’est le créneau investi par plusieurs centaines de jeunes. Leurs revenus mensuels peuvent atteindre 80.000 à 100.000 FCfa par mois. Les conducteurs de camion peuvent gagner plus, tout dépend du nombre de rotations et aussi du nombre de camions. « Il nous arrive d’avoir plusieurs demandes de vidange alors qu’il y a peu de camions, surtout s’ils sont déployés sur le terrain », rapporte Ngolon Koné.

Ni gants, ni masques
Les camionneurs et quelques assistants n’avaient ni gants, ni masques. Leurs combinaisons ne les protègent pas contre les bactéries. Ils courent tous les risques. Ils ne sont pas certainement conscients des dangers. Parce que lorsque vous abordez avec eux leurs contraintes, ils font ressortir le souci de fructifier leurs revenus. Ils ont raison, l’organisation de la filière de valorisation des boues peut changer des vies.
« C’est un métier comme les autres. Beaucoup de jeunes gagnent dignement leur vie et ils aident leur famille », brosse Ngolon Koné, d’un air timide. Un autre camion surgit du site. Le conducteur braque. Son apprenti découche la tempe et le contenu de la citerne s’écoule. Tout se fait au bout de moins de 10 minutes. Ils embarquent et le camion-citerne disparait des lieux. Ils sont dans une course pour faire plus de vidanges avant 18 heures. A mille lieux de là, sur la route de Oumé, une figure emblématique de la vidange sort du lot des vidangeurs. Il s’agit de Siaka Coulibaly. Il sort de sa voiture rutilante et regagne la salle d’attente éclairée et climatisée de l’entreprise. L’opérateur économique n’a pas tous ses œufs dans le même panier. Mais la vidange occupe une place dans son portefeuille d’activités.
Le bonhomme fait de l’organisation de la filière son cheval de bataille aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à l’échelle du continent au niveau local, l’exploitation de toutes les potentialités est dans son cahier des charges des différentes caquettes qu’il porte. « Il y a un réel marché de la vidange à Yamoussoukro. Nous dénombrons une centaine de vidangeurs manuels, cela n’a rien à avoir avec ceux qui sont dans la vidange mécanique », dresse Siaka Coulibaly. L’avenir du métier de la vidange n’est pas sombre. De nouveaux quartiers se greffent aux anciens. Cette extension s’accompagne d’une croissance démographique. Tout concourt à une augmentation des besoins de la vidange. Mais il va falloir résoudre l’équation des branchements clandestins sur le réseau de drainage des eaux pluviales. « Je peux dire que la vidange nourrit tant bien que mal son homme. Mais notre part de marché est réduite à cause de certains ménages qui branchent directement leurs fosses aux réseaux d’évacuation des eaux pluviales. Il y a un manque à gagner », souligne S. Coulibaly. Mais, regrette-t-il, toutes les opportunités en termes de valorisation des boues ne sont pas encore exploitées parce que la ville n’a pas encore des infrastructures.
L’organisation de la filière de la vidange est l’une des acteurs de la vidange. Ici, la boue n’est pas encore transformée ni en compost, ni en électricité, ni traitée pour les arrosages des espaces verts ou la recharge de la nappe. Elle s’infiltre dans le sous-sol avec toutes les conséquences sur l’environnemental sans parler des risques sanitaires. 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Résoudre : *
10 + 26 =