La gratuité de la chimiothérapie pour la prise en charge des cancers du sein et du col de l’utérus, qui entrera en vigueur à partir du 1er octobre 2019, est bien accueillie par les malades interrogés à l’Institut Juliot-Curie de l’Hôpital Aristide Le Dantec. Ces patients, qui ont épuisé leurs économies, étaient au bord du désespoir. Une nouvelle page de leur vie pourrait s’ouvrir dans les jours à venir.

L’atmosphère est lourde à l’Institut Juliot-Curie de l’Hôpital Aristide le Dantec, ce mardi 17 septembre. La psychose du cancer est palpable sur les visages des patients comme Khady Samb. Sa maladie ne lui a été notifiée que récemment. Elle n’avait pas pu retenir ses larmes. Certainement, au fil du temps, elle apprendra à vivre avec comme Aïssatou Ndiaye. Cette dernière était un peu plus relaxe et plus ouverte à l’échange. Elle disserte comme si c’était une manière de ne pas s’enfermer dans une peur permanente. Aïssatou Ndiaye a dépassé le stade du traumatisme. « Au début, j’avais une mine triste. Maintenant, j’ai compris que le cancer est une maladie comme les autres. Il faut se soigner et respecter les consignes des médecins, parce que plus vous êtes stressé, plus la maladie vous ronge », a déclaré cette mère de famille.
Allongée sur un lit, après sa séance de chimiothérapie, mère Aïssatou Ndiaye s’en remet à Dieu. « On peut souffrir en offrant aux gens le sourire », a-t-elle relativisé. Son visage avenant contraste avec son état sanitaire qui s’est dégradé au cours des dernières semaines, a-t-elle confié, prodiguant à tous les malades de vivre pleinement leur vie. Ici, ce n’est pas seulement l’angoisse qui tétanise. Les patients sont sous le poids de la prise en charge.
Le bras relié à un tube, Khady a dépensé 90.000 FCfa pour deux séances de chimiothérapie. Ses analyses et examens médicaux lui reviennent à 50.000 FCfa. « J’ai dépensé, en l’espace de 21 jours, environ 260.000 FCfa, sans les ordonnances », a détaillé Khady Samb. Mais déjà, elle pousse un ouf de soulagement avant l’entrée en vigueur de la gratuité de la chimiothérapie et la réduction de la prise en charge pour les autres cancers. « C’est une bonne nouvelle pour tous les malades parce que toutes les personnes atteintes de cancer deviennent pauvres. Même celles qui avaient de l’argent n’ont rien maintenant à cause de la cherté de la prise en charge. Certains ont vendu tous leurs biens », a affirmé Khady Samb, la tête baissée. Elle, comme les autres, entrevoient presque le bout du tunnel. La réduction des charges de prise en charge médicale est une bonne nouvelle pour ces malades interrogés à l’hôpital Aristide Le Dantec. « En rendant la chimiothérapie gratuite, les autorités donnent de l’espoir aux centaines de malades », s’est réjouie Aïssatou Ndiaye.
Autour d’elle, les autres malades, sans lever la voix, ont accueilli avec joie cette gratuité. « Cette mesure donnera du courage aux malades. Beaucoup de patients, faute de moyens, restent chez-eux sans venir à l’hôpital, parce que n’ayant pas de moyens. Beaucoup sont décédés par la suite. C’est une excellente nouvelle », a-t-elle apprécié. Cette nouvelle a une signification chez des malades comme Mame Diarra Mbodj. Depuis que les médecins ont confirmé qu’elle avait le cancer, la pauvre dame et son époux, un frigoriste, se livrent à toutes les gymnastiques pour rassembler 150.000 FCfa, chaque semaine, pour la chimiothérapie.

Des patientes au bout du rouleau

Une autre patiente du nom de Awa Ndour embouche la même trompette. Atteinte de cancer du sein depuis trois ans, la jeune dame débourse 75.000 FCfa par semaine pour la chimiothérapie et d’autres analyses et examens sans compter les médicaments. « J’ai des rendez-vous tous les 21 jours », a-t-elle fait savoir. Grâce au soutien de ses frères et sœurs, de sa mère et de son mari, elle arrive à se prendre en charge. Mais tous les malades n’ont pas cette chance. « C’est pour cette raison que je souhaite la gratuité totale de la prise en charge du cancer. Si vous faites le tour de l’hôpital, vous allez croiser des gens qui ont des ordonnances qui ne savent pas quoi en faire. Ils cherchent de l’aide désespéramment. Seule la gratuité de la prise en charge des cancers pourrait régler le problème de ces malades », a suggéré Awa Ndour. C’est pourquoi Goury Siby, qui a épuisé toutes ses économies, s’est réjouie de cette mesure. En venant au rendez-vous le 17 septembre 2019, elle a bazardé ses deux moutons. « Nous attendons avec impatience l’effectivité de la mesure. Si la prise en charge est gratuite, il serait plus facile pour moi de payer mon transport de Dahra Djolof à Dakar », a-t-elle affirmé, déplorant ne pas disposer d’argent pour assurer le ticket pour son retour.

La subvention des médicaments serait un plus

Marième Sène quitte Kaolack chaque début du mois pour la chimiothérapie et d’autres soins. Elle avait rendez-vous le 6 septembre dernier, mais à cause d’une rupture des médicaments, elle était obligée de rentrer et revenir le 17 septembre. La jeune dame, qui lutte contre le stress, parce qu’étant un facteur de risque de cancer, a payé 79.000 FCfa pour la chimiothérapie et les analyses. Elle attendait que les médecins lui prescrivent des ordonnances. « C’est très difficile, surtout pour moi dont le mari est un paysan. Si l’Etat peut subventionner les médicaments, le scanner ou diminuer le prix des médicaments, ce serait un plus pour les malades », a-t-elle soutenu, ajoutant qu’il faut avoir 15.000 FCfa pour le transport Dakar-Kaolack ». Mame Diarra Mbodj a aussi plaidé pour que l’Etat subventionne les anticancéreux. Car « les médicaments coûtent aussi cher », s’est-t-elle lamentée.

La gratuité de la prise en charge de tous les cancers réclamée

Djibril Dieng est l’un des rares hommes à occuper un lit dans la salle de chimiothérapie. Il souffre du cancer de la prostate. Après des va et vient entre les cliniques et l’hôpital de Mbour, il a été référé à l’Institut du cancer Juliot-Curie pour la chimiothérapie. Sans moyen, cet ancien vigile lance un appel à l’Etat. Il demande la gratuité de la prise en charge de tous les types de cancer au Sénégal.

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